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Commentaires sur les marchés par Corrado Tiralongo, chef des placements | 5 mai 2026

La semaine dernière, nous avons fait valoir que la remontée du risque se faisait sur du temps emprunté. Cela semble toujours juste. Ce qui a changé, c’est la source des pressions.

Les investisseurs en actions regardent en grande partie au-delà du conflit au Moyen-Orient. Le marché a été résilient, soutenu par l’enthousiasme renouvelé à l’égard de l’IA et la conviction que les dommages économiques causés par la hausse des prix de l’énergie demeureront gérables.  

Les marchés obligataires envoient un autre signal.  

Les taux de rendement à long terme sont revenus à leurs plus hauts niveaux depuis le début de la guerre, même si les actions ont tenu le coup. Cette divergence est importante. Les actions se comportent toujours comme si le choc allait être temporaire. Les obligations tiennent de plus en plus compte du risque que ce ne soit pas le cas. La remontée n’a pas cessé, mais le coût de son maintien a augmenté. 

Le pétrole fixe toujours les conditions

 

Le problème fondamental demeure le détroit d’Ormuz.

L’hypothèse de base du marché a été que les perturbations de l’énergie seraient temporaires, que les banques centrales pourraient passer outre les répercussions immédiates sur l’inflation et que la croissance ne ralentirait que modestement. Elle demeure plausible, mais elle devient également de plus en plus conditionnelle.

Les prix du pétrole ne sont plus seulement une question géopolitique. Ils orientent les attentes de taux d’intérêt, de taux obligataires, d’inflation et les communications des banques centrales. Depuis le début du conflit Iran–États-Unis, la corrélation entre le pétrole brut Brent et le taux de l’obligation d’État à 10 ans des principales économies est devenue exceptionnellement forte. Les marchés obligataires se fient maintenant davantage à l’évolution des prix de l’énergie qu’aux communications rassurantes des banques centrales.

C’est le signe le plus clair que les marchés sont en train de passer du mode « regarder au-delà du choc » à celui de « tenir compte de la trajectoire de la transmission ».

Cela ne rend pas le scénario défavorable inévitable, mais signifie que le scénario de base est plus malaisant qu’il y a une semaine. Si le détroit rouvre et que les marchés de l’énergie commencent à se normaliser, les taux de rendement peuvent encore diminuer et les actifs risqués peuvent continuer de trouver du soutien. Si les prix de l’énergie demeurent élevés, les pressions ne resteront pas limitées aux marchandises. Elles se répercuteront sur les attentes inflationnistes, la réaction des banques centrales, les dépenses de consommation, les marges des sociétés et les prévisions de bénéfices.

Les marchés n’en tiennent pas encore pleinement compte, mais ils commencent à bouger dans cette direction.

Les banques centrales ont gagné du temps, mais n’ont pas éliminé le risque

Les grandes banques centrales ont fait ce que les marchés avaient besoin qu’elles fassent : elles ont maintenu les taux inchangés, ont évité de réagir de façon excessive au choc énergétique immédiat et ont indiqué qu’elles étaient prêtes à intervenir si la hausse des prix de l’énergie s’intégrait aux attentes inflationnistes.

Cela a contribué à la stabilisation des marchés, mais n’a pas réglé le problème.

La Fed a laissé les taux inchangés et a continué de privilégier l’assouplissement, mais le ton de la communication était plus ferme qu’en mars. La résistance des présidents régionaux de la Fed au maintien de ce penchant pour l’assouplissement est importante. Elle montre une division croissante au sein de la Fed, certains responsables étant plus préoccupés par le risque de hausse de l’inflation, car le prix du WTI est revenu au-dessus de 100 $ le baril.

La Banque du Canada a également laissé les taux inchangés, mais le ton a changé. Elle a révisé la croissance à la hausse, reconnu que les attentes d’inflation à court terme avaient augmenté et prévenu que le maintien de prix élevés du pétrole pourrait nécessiter des hausses de taux consécutives. Ce n’est pas un petit changement. Le Canada est un exportateur net de pétrole, mais l’avantage de la hausse des prix du pétrole n’est pas net. La capacité limitée des pipelines pourrait restreindre la réponse de la production, tandis que la hausse des prix de l’essence continue de peser sur les ménages.

La Banque d’Angleterre a maintenu les taux à 3,75 %, mais son analyse de scénarios était révélatrice. Si les prix de l’énergie baissent, les taux pourraient être maintenus. Si les prix de l’énergie demeurent élevés et que des effets secondaires sur l’inflation émergent, les hausses de taux deviennent plus probables. Dans le scénario plus défavorable de la Banque, un resserrement énergique de sa politique monétaire pourrait être nécessaire.

La Banque centrale européenne a également maintenu les taux, mais a reconnu que les risques de hausse de l’inflation et de baisse de la croissance s’étaient intensifiés. Les attentes d’inflation à court terme ont considérablement augmenté et les marchés anticipent maintenant une plus grande probabilité de hausses des taux. Le message est à peu près le même pour toutes les banques centrales. Elles ne veulent pas évoluer vers un choc de croissance. Elles ne peuvent toutefois pas non plus ignorer les attentes inflationnistes si le pétrole demeure élevé. C’est pourquoi la remontée est plus fragile que ne le laisse entrevoir le marché boursier à lui seul. La politique monétaire n’est pas encore devenue restrictive, mais la valeur des options d’assouplissement futur est réduite.

L’avantage du pétrole canadien s’accompagne de complications

Pour le Canada, les données sont plus contrastées que le simple scénario selon lequel la hausse de la production pétrolière est avantageuse pour le pays.

La croissance s’est améliorée. Le PIB de février a gagné 0,2 % sur un mois 1 , et la croissance au premier trimestre semble avoir rebondi pour s’établir à un taux annualisé d’environ 1,5 %. Cela donne à la Banque du Canada une plus grande marge de manœuvre pour envisager des hausses si les risques d’inflation continuent d’augmenter 2 . Mais les détails sont importants.

L’extraction pétrolière et gazière a augmenté en février, mais les estimations préliminaires de mars donnent à penser que le secteur pourrait être devenu un frein malgré la hausse des prix du pétrole. Cela souligne une contrainte clé. La hausse des prix ne se traduit pas automatiquement par une production plus élevée si les infrastructures limitent la capacité de réaction.

La situation budgétaire s’est aussi améliorée, grâce à une croissance nominale plus forte, à la hausse des prix du pétrole et au raffermissement des marchés boursiers. La Mise à jour économique du printemps 3 a révisé à la baisse le déficit de l’an dernier de 11 milliards de dollars, et le ratio de la dette au PIB a été réduit. La situation n’est cependant pas favorable à l’assainissement des finances publiques. Les nouvelles dépenses engagées ont été importantes et le déficit devrait rester autour ou au-dessus de 2 % du PIB au cours des prochaines années.

Il en résulte une économie canadienne profitant d’un soutien plus nominal, mais présentant aussi une plus grande sensibilité à l’inflation. La situation est gérable si les prix du pétrole se stabilisent, mais se complique s’ils restent supérieurs à 100 $ et que la Banque du Canada perd patience.

Au chapitre du positionnement de notre portefeuille, nous ne considérons pas le Canada comme une simple couverture de l’énergie. Le marché canadien peut profiter de l’exposition aux ressources, mais la transmission macroéconomique est plus compliquée. La hausse des prix du pétrole peut accroître les revenus et la croissance nominale, tout en resserrant les conditions financières, en exerçant des pressions sur les ménages et en remettant les hausses de taux sur la table.

L’IA peut encore soutenir les marchés, mais elle ne peut pas tout porter

La remontée des actions a également été soutenue par le regain d’enthousiasme à l’égard des placements liés à l’IA. Les données récentes donnent à penser que l’essor de l’IA demeure intact. Les investissements dans les technologies de l’information et des communications demeurent solides, les intentions d’investissement des entreprises se sont améliorées et une plus forte croissance des investissements pourrait compenser en partie le ralentissement de la consommation. Cela demeure un soutien important à la croissance et aux bénéfices des sociétés aux États-Unis.

Mais les meneurs du marché sont de plus en plus exigeants.

Le marché s’appuie fortement sur les bénéfices et les dépenses en immobilisations liés à l’IA pour justifier des valorisations élevées. Ce n’est pas irrationnel. Le cycle de placement demeure fort, mais les obstacles sont plus importants qu’il y a six mois. Les investisseurs ont besoin de la croissance des bénéfices, de preuves que les dépenses en immobilisations liées à l’IA produisent des rendements et de la durabilité des flux de trésorerie disponibles suffisante pour compenser les préoccupations concernant l’ampleur des investissements.

 

C’est là que l’argument du temps emprunté de la semaine dernière s’applique toujours. L’enthousiasme à l’égard de l’IA peut prolonger la remontée, mais il peut aussi en restreindre la portée. Un marché dominé par une poignée de sociétés peut sembler résilient jusqu’à ce que les attentes deviennent trop concentrées.

Le risque n’est pas que l’IA perde soudainement de son importance, mais qu’elle doive générer trop de résultats dans un marché où le pétrole fait grimper les taux de rendement, où les banques centrales sont de plus en plus prudentes et où la hausse des prix de l’essence plombe la confiance des consommateurs.

Le marché doit maintenant passer à la transmission

La prochaine phase consiste moins à déterminer si les actions peuvent poursuivre leur remontée pendant encore quelques jours, car elles le peuvent. Les marchés peuvent rester résilients plus longtemps que ne le laisse entrevoir la situation macroéconomique sous-jacente. La question la plus importante est de savoir si le choc énergétique demeure contenu.

Si le détroit d’Ormuz rouvre et que les prix du pétrole reculent, les conditions d’une remontée plus généralisée et d’une baisse des taux obligataires devraient s’améliorer. Si la paralysie persiste, les marchés devront peut-être tenir compte d’une combinaison plus difficile de facteurs comme la hausse de l’inflation, la prudence des banques centrales et le ralentissement de la croissance de la consommation réelle.

C’est la trajectoire de la transmission que nous surveillons.

Le pétrole influe sur les attentes inflationnistes. Les attentes inflationnistes influencent les banques centrales. Les banques centrales ont une incidence sur les taux de rendement. Les taux de rendement ont une incidence sur les valorisations. Les valorisations ont une incidence sur les meneurs du marché boursier. Les meneurs du marché boursier ont une incidence sur le risque de concentration des portefeuilles.

Les marchés semblent souvent calmes jusqu’à ce que ces liens se resserrent.

Positionnement du portefeuille GPCV

Dans nos portefeuilles, nous n’avons pas considéré la récente remontée comme une confirmation que le risque macroéconomique est chose du passé. Nous continuons de maintenir une exposition diversifiée aux actions, en mettant l’accent sur la qualité, la rigueur du capital et les sociétés capables de protéger leurs marges dans un contexte de coûts plus élevés.

Nous continuons de considérer les actions américaines comme importantes sur le plan structurel, surtout compte tenu de l’ampleur des investissements liés à l’IA et de la solidité des bénéfices des sociétés à grande capitalisation. Parallèlement, nous demeurons conscients que le marché américain présente un risque de concentration plus élevé que d’habitude, tant au niveau des titres qu’en raison de la domination d’un petit nombre de facteurs de rendement.

Du côté des titres à revenu fixe, nous continuons d’observer de la valeur dans leur rôle de stabilisation sur un cycle complet, mais nous n’oublions pas le risque à court terme que les prix élevés du pétrole maintiennent les taux de rendement plus élevés pendant plus longtemps. En ce qui a trait à notre positionnement en titres à revenu fixe, la duration demeure un élément du cadre de gestion des risques si les risques de croissance augmentent, mais la trajectoire est moins linéaire lorsque l’inflation découle de l’énergie et que les banques centrales tentent de préserver leur crédibilité.

Nous continuons également d’apprécier les stratégies de diversification qui sont moins tributaires du résultat d’un seul marché. À notre avis, lorsque les actions dépendent de l’IA, les obligations sont influencées par le pétrole, et les banques centrales établissent un équilibre entre l’inflation et la croissance; la résilience du portefeuille dépend moins des catégories d’actif que de la compréhension des facteurs de risque sous-jacents.

C’est là que cette remontée semble encore vulnérable.

Le marché n’a pas perdu confiance, mais elle est maintenant alimentée par un ensemble plus restreint d’hypothèses : le pétrole se normalise, les banques centrales restent patientes, les bénéfices liés à l’IA sont maintenus et les taux obligataires n’augmentent pas.

Cela pourrait encore se produire. Mais plus les marchés de l’énergie restent perturbés longtemps, plus le temps emprunté coûte cher.  

Capital Economics

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Statistics Canada Bank of Canada. (2026, April 29). Financial system review – press release. Government of Canada, Department of Finance Canada. (2026). Spring Economic Update 2026.