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Par Gestion de placements Canada Vie limitée

6 avril, 2026

Sam
Bonjour et bienvenue à notre séance Échos des marchés. Je me présente : Sam Febbraro, président et chef de la direction de Gestion de placements Canada Vie limitée, et vice-président principal, Solutions de gestion du patrimoine de la Canada Vie.
Je suis heureux de vous retrouver pour continuer d’explorer les forces qui façonnent le paysage de l’investissement au Canada. Aujourd’hui, notre discussion ira plus loin dans l’analyse des signaux économiques qui influencent le rendement des actions canadiennes.
Fait intéressant : l’inflation demeure inégale, les bénéfices des entreprises s’ajustent à de nouvelles structures de coûts et l’évolution de la demande mondiale continue de peser sur les secteurs canadiens à forte composante de ressources naturelles. Tous ces facteurs étaient déjà en place avant l’éclatement du conflit en Iran, qui accentue le risque d’une inflation alimentée par l’énergie et d’une nouvelle vague de perturbations géopolitiques.
Dans un contexte marqué par des messages contradictoires, il est absolument essentiel de comprendre ce qui stimule réellement les rendements boursiers, au-delà des manchettes. Notre objectif aujourd’hui est de vous fournir des analyses claires, des perspectives opportunes et des pistes concrètes afin de vous aider à mieux accompagner vos clients.
Afin de vous permettre de tirer le maximum de l’événement d’aujourd’hui, nous vous invitons à poser vos questions tout au long de la séance. Nous y répondrons durant la période de questions et réponses à la fin de notre discussion. Si vous désirez participer, suivez les instructions indiquées à l’écran pour vous connecter à Slido. N’hésitez pas à soumettre vos questions et à voter pour celles des autres. Cela nous aidera à établir les priorités en fonction de ce qui vous importe le plus.
Pour les conseillers en sécurité financière qui se joignent à nous en direct, les certificats relatifs aux unités de formation continue seront envoyés au cours des prochaines semaines. Pour ceux d’entre vous qui assisteront à l’intégralité de la séance, ainsi que pour les conseillers basés au Québec, un questionnaire de formation continue apparaîtra à l’écran à la fin de la séance.
Passons maintenant aux éléments de discussion d’aujourd’hui. Le marché boursier canadien est en pleine évolution, alors que les taux d’intérêt fluctuent, que les prix des marchandises varient et que les bénéfices des entreprises s’ajustent. Les prix de l’énergie montent en flèche, tandis que certains moteurs de l’an dernier, comme l’or, ont reculé. Il se passe beaucoup de choses, et il peut être difficile de distinguer ce qui compte vraiment du bruit quotidien. Que vous cherchiez à gérer les risques, à repérer de nouvelles occasions ou simplement à mieux comprendre les marchés, la discussion d’aujourd’hui vise à vous aider à y voir plus clair.
Je suis maintenant ravi d’accueillir deux invités exceptionnels, dont les perspectives guideront nos échanges tout au long de la séance.
Nous accueillons tout d’abord Lesley Marks, chef des placements, Actions, chez Placements Mackenzie. Elle nous présentera le contexte macroéconomique et les principaux signaux qui façonnent les perspectives canadiennes. Nous sommes également accompagnés de Jeff Bradacs, co-chef des stratégies d’actions chez Placements Picton, sous‑conseiller du fonds Croissance canadienne Counsel. Jeff présentera ensuite une analyse approfondie des marchés, couvrant les tendances sectorielles, les considérations de portefeuille, les principaux risques et les occasions d’investissement actuelles. Bienvenue à vous deux et merci beaucoup d’être avec nous.

Lesley
Merci de nous recevoir.

Sam
C’est un plaisir, vraiment. Merci Lesley. Je vais donc commencer par une vue d’ensemble. Passons à notre première question. Et encore une fois, je vous invite à poser vos questions tout au long de la séance. Nous y reviendrons.
Voici donc notre première question. Le marché boursier canadien réagit à des signaux économiques contrastés, comme je viens de le mentionner. On observe un ralentissement de l’inflation, une évolution des attentes de croissance, ainsi qu’une sensibilité toujours marquée au secteur des marchandises, alors que la hausse des prix du pétrole fait augmenter le coût de la vie pour les Canadiens, à la pompe et même à l’épicerie.
Alors, Lesley, d’un point de vue macroéconomique, quels sont selon vous les signaux les plus importants à surveiller en ce moment? Et voyez‑vous encore des arguments en faveur des actions canadiennes dans ce contexte?

Lesley
Merci pour cette excellente question d’introduction, Sam. Je suis ravie d’être ici, à mon avis à un moment particulièrement important du cycle de vie des investisseurs, si je me fie à mon expérience. Je pense que, pour bien poser le contexte, il faut d’abord parler de l’économie. Et ensuite, aborder séparément les arguments en faveur des actions canadiennes.
La raison est simple : l’économie canadienne n’est pas exactement la même chose que le marché boursier canadien. Cela dit, nous avons pris connaissance ce matin des chiffres du PIB pour janvier et février. Ces données ont légèrement surpris à la hausse, principalement en raison de la vigueur observée dans les secteurs des marchandises, notamment l’énergie et l’or, malgré une faiblesse persistante dans le secteur manufacturier. Lorsqu’on considère ces courants économiques croisés et tout ce qui se passe actuellement, on constate que cela se reflète clairement dans l’évolution de la croissance économique.
Toutefois, lorsqu’on parle des arguments en faveur des placements, il faut se tourner vers le marché boursier canadien. J’y ai récemment examiné la pondération des secteurs de l’énergie et des matériaux. Bien sûr, on associe traditionnellement le marché canadien surtout aux sociétés financières, en particulier aux banques, puis à l’énergie et aux matériaux. Or, ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant, c’est l’évolution de cette composition au cours de la dernière année. Il y a un an, l’énergie et les matériaux représentaient environ 30 % du marché, tandis que les sociétés financières – banques et institutions non bancaires confondues – atteignaient 32 %. Un an plus tard, la situation a considérablement changé : l’énergie et les matériaux comptent maintenant pour 38 % du marché.
Ainsi, lorsqu’on se demande s’il y a des arguments en faveur des actions canadiennes, on avait l’habitude de parler d’abord des sociétés financières, puis des marchandises. Je crois qu’aujourd’hui, il faut faire l’inverse. Les deux secteurs sont importants, mais force est de constater qu’une grande partie des dynamiques actuelles est liée aux événements des derniers mois, notamment le conflit en Iran et ses répercussions sur les marchés des marchandises. Cela dit, même avant ces événements, on reconnaissait déjà le rôle essentiel des marchandises pour la sécurité nationale.
Nous n’aurions simplement pas imaginé voir cette réalité se préciser aussi rapidement et aussi concrètement. Malgré la volatilité quotidienne et toute l’attention portée aux fluctuations des prix de l’énergie et de l’or, nous demeurons convaincus que les marchandises jouent un rôle fondamental dans la sécurité nationale. Et cela a été mis en évidence à l’échelle mondiale. C’est pourquoi nous estimons que cette thématique continue de soutenir solidement la thèse d’investissement pour le Canada. J’ai d’ailleurs présenté aujourd’hui un graphique sur les tendances des bénéfices, qui, selon moi, parle de lui‑même.
On y constate que le Canada affiche un meilleur profil de croissance des bénéfices que le S&P 500, qui a dominé l’esprit des investisseurs au cours des quatre, cinq ou même dix dernières années. Or, cette situation est en train de changer, ce qui explique pourquoi nous croyons que les perspectives des actions canadiennes demeurent favorables.
Un autre élément marquant de ce graphique, c’est que les attentes de bénéfices pour le TSX sont d’environ 19 % cette année, alors que le marché se négocie à un multiple d’environ 17 fois les bénéfices. Nous avons donc à la fois une valorisation attrayante et une solide croissance des bénéfices. Quant à la prévision d’un ralentissement de la croissance des bénéfices à 12 % en 2027, nous pensons qu’elle est probablement trop prudente. Il pourrait y avoir une sous‑estimation des bénéfices pour cette période, d’autant plus que ces attentes ont tendance à être révisées à la hausse au fil de l’année. Dans l’ensemble, nous estimons que les deux prochaines années s’annoncent très favorables pour les bénéfices et pour les actions canadiennes. Voilà, selon nous, les arguments en faveur des actions canadiennes.

Sam
Excellent. Lesley, vous avez parlé un peu plus tôt des données du PIB, ainsi que du secteur manufacturier et du fait que les marchandises passent maintenant devant les sociétés financières.
Jeff, vous avez évidemment une perspective des marchés. Comment voyez‑vous ces signaux se refléter dans les tendances sectorielles et le positionnement des portefeuilles?

Jeff
C’est une excellente question. Tout d’abord, Sam, je suis ravi d’être des vôtres aujourd’hui, et très heureux de participer à cette discussion aux côtés de Lesley. Merci aussi à toutes les personnes qui nous écoutent. J’ai beaucoup aimé la réponse de Lesley et sa façon de prendre du recul pour examiner les grands facteurs qui influencent le marché boursier canadien.
Justement, si l’on prend ce recul, on constate que le TSX a connu un regain de vigueur par rapport aux marchés mondiaux au cours des dernières années. Et j’aimerais m’appuyer sur certains des points qui ont été évoqués. Cela rejoint d’ailleurs le titre du webinaire, « Au-delà des grands titres ». Nous reviendrons évidemment sur l’actualité – en particulier le conflit au Moyen‑Orient et ses répercussions à court terme –, mais j’aimerais me concentrer sur certaines forces plus profondes, moins visibles, qui ont contribué au surrendement du TSX et à son positionnement parmi les principaux marchés mondiaux.
Lesley a très bien défini la différence entre l’économie canadienne et le marché boursier canadien. Je constate que beaucoup de gens traduisent directement les perspectives économiques en attentes de rendement pour le marché, alors que ce sont deux réalités bien différentes, comme Lesley l’a souligné.
Prenons par exemple le secteur automobile : il fait souvent les manchettes en raison des droits de douane et représente environ 10 % du PIB manufacturier, mais moins de 0,5 % du TSX. Même chose pour les soins de santé : ils comptent pour une part significative du PIB, mais moins de 0,3 % du marché boursier canadien.
À l’inverse, comme on l’a mentionné, les matériaux, les ressources naturelles et l’énergie représentent environ 70 % du marché.
Il est donc essentiel de prendre du recul et de s’intéresser aux marchandises, car elles constituent un moteur majeur de notre marché, surtout lorsqu’on le compare aux indices mondiaux. Je dis souvent que les actions de marchandises ne sont pas des titres de type « acheter et oublier ». Si on les traite ainsi, c’est un peu comme des montagnes russes  : ça monte, ça descend, on a le vertige, on finit par avoir mal au cœur… et on se retrouve finalement au point de départ. Ce sont des secteurs cycliques. Et comme le montre ce graphique, ils évoluent par cycles.

Les zones en bleu correspondent à des périodes de changement fondamental positif : le cycle des marchandises amorce une inflexion, les entreprises transforment leurs modèles d’affaires, leur capacité bénéficiaire s’améliore, les flux de trésorerie augmentent, les bilans se renforcent et elles deviennent de très bons gestionnaires de capital. À l’inverse, les périodes en orange représentent les phases de repli.
Il est important de souligner que ces cycles sont généralement longs, comme le montre le graphique. Il ne s’agit pas de mouvements sur un ou deux ans. La raison, c’est qu’ils sont habituellement propulsés par des facteurs structurels de grande ampleur.
Bien sûr, nous parlerons de ce qui se passe à court terme, notamment au Moyen‑Orient, mais la vraie question est : où en sommes‑nous dans le cycle? Et pour de nombreuses marchandises, nous sommes encore relativement tôt dans un nouveau cycle, principalement en raison de déséquilibres à long terme entre l’offre et la demande.
L’exemple le plus parlant est sans doute celui du cuivre. La dernière grande période haussière du cuivre remonte au début des années 2000, lorsque la Chine s’est imposée sur la scène mondiale et que la demande a explosé.
Les sociétés minières ont alors massivement investi entre 2004 et 2007, levant des capitaux sur les marchés. Or, construire une nouvelle mine ou agrandir des installations prend beaucoup de temps.
Cette nouvelle offre est arrivée après la crise financière mondiale, soit à un moment particulièrement mal choisi. S’en est suivie une décennie durant laquelle il n’était pas judicieux de détenir des titres liés au cuivre – un véritable marché baissier pour ce métal.
Les entreprises ont alors réduit leurs dépenses en immobilisations, diminué les budgets d’exploration et laissé la qualité des gisements se dégrader. Aujourd’hui, nous sommes au début d’un nouveau cycle qui, honnêtement, n’est pas tant tiré par la demande que par un manque d’offre. Le graphique suivant illustre bien la mise en production de nouvelles mines de cuivre : au fil des années, on observe une détérioration continue, et très peu de nouveaux projets arrivent sur le marché.
Bref, l’un des grands thèmes  au‑delà des manchettes, c’est la nature cyclique du marché canadien, fortement liée aux marchandises. Cela ne signifie pas que le Canada ne peut pas générer de rendements positifs en dehors des cycles des marchandises, mais lorsque le marché surpasse largement les indices mondiaux, les marchandises jouent souvent un rôle déterminant.
À court terme, j’y reviendrai, tous les actifs risqués restent tributaires de l’évolution du conflit. Espérons une résolution rapide : si c’est le cas, nous pourrions assister à un rebond marqué du TSX et à une reprise de ce cycle des marchandises. Si le conflit devait s’éterniser, cela aurait plutôt pour effet de retarder le cycle. Cela dit, je dirais que les arguments en faveur des actions canadiennes demeurent solides, à court terme – bien sûr sous réserve de l’évolution du conflit –, mais surtout parce qu’il s’agit de cycles de grande ampleur qui s’étendent sur plusieurs années.

Sam
Oui, Jeff. Vous avez mentionné que nous en sommes probablement aux premières étapes d’un nouveau cycle et que de nombreux événements se déroulent actuellement. J’aime la façon dont vous avez tous les deux posé le contexte. Nous avons parlé de la différence entre l’économie et le marché boursier, mais bien sûr, le Canada n’évolue pas en vase clos. Une grande partie de ce que nous observons est façonnée par des forces mondiales, et nous l’avons clairement constaté au cours du dernier mois.
Tournons donc notre attention vers ce contexte mondial. Lesley, je reviens vers vous pour aborder brièvement le contexte international. Comment ces forces plus larges influencent‑elles votre perspective à l’égard du Canada?

Lesley
Je pense en effet qu’il est tout à fait pertinent de raisonner dans un contexte mondial, car plusieurs tendances de fond façonnent l’économie mondiale et les perspectives mondiales. Avant les 30 derniers jours, et avant l’entrée dans le conflit en Iran, notre thèse de départ – et Jeff y a fait allusion également – était que nous allions assister à une reprise de la thématique de la reflation mondiale. Cela serait très favorable aux marchandisese, aux secteurs cycliques et aux titres de valeur. C’était cette dynamique d’élargissement du marché que nous anticipions au‑delà des titres de croissance américains.
Nous avons commencé à l’observer en 2025, et en 2026, cette tendance s’est matérialisée exactement comme nous l’avions prévu… jusqu’à ce que les États‑Unis et Israël interviennent militairement en Iran. C’est ce que ce graphique illustre très bien : plus un marché boursier avait bien performé en janvier et février, plus il a souffert en mars. Le mois de mars a véritablement été le miroir, l’inverse, de janvier et février.
Jeff a évoqué la question de la durée du conflit et de ses répercussions potentielles. Il y a évidemment beaucoup d’incertitude, mais aussi une forte volonté de mettre fin à ce conflit. On commence d’ailleurs à le percevoir dans le discours de l’administration Trump. L’une de mes phrases préférées lue récemment dans une note de recherche disait : « it takes two to taco ». C’est à la fois humoristique et très juste. Cela illustre bien que, même si le président a exprimé le souhait de tourner la page rapidement, ce n’est pas si simple. Et c’est précisément cette complexité qui alimente l’incertitude actuelle. Cela dit, nous pensons qu’une issue est probable, car les motivations pour parvenir à une conclusion sont nombreuses.
Selon nous, une fois le conflit résolu, les tendances observées en début d’année devraient reprendre, et nous retournerions vers ce que l’on voit dans la zone bleue du graphique – un scénario très favorable aux actions canadiennes, aux actions internationales... ce retour à une dynamique de reflation mondiale.  J’aimerais également souligner quelques autres éléments importants.
Sur le plan structurel, ces forces sont très favorables au Canada, aux actifs canadiens et aux ressources dont le pays est riche. Même si certains pays, par choix politiques, prennent leurs distances par rapport à la transition énergétique, les événements des 30 derniers jours ont au contraire mis en évidence l’importance de poursuivre dans cette voie.
Le Canada peut être perçu comme un chef de file dans la transition énergétique. La mégatendance de l’électrification demeurera, selon moi, extrêmement importante. Une prime de risque continuera d’être intégrée aux prix du pétrole, et la situation souligne l’importance des réserves stratégiques.
Tout ce que nous avons observé dans le secteur de l’or en 2025 continuera également de jouer un rôle de premier plan, même si les manchettes liées à la guerre s’estompent. La diversification du gaz naturel liquéfié restera elle aussi un enjeu clé.
Enfin, la cohérence de l’approche de notre propre gouvernement fédéral et de ses politiques s’inscrit pleinement dans les tendances mondiales actuelles. Le mouvement de démondialisation, le recentrage sur la sécurité nationale, l’autonomie stratégique, la relocalisation des chaînes d’approvisionnement et de la production manufacturière nécessitent tous d’importants capitaux et beaucoup de ressources. Dans ce contexte, et pour répondre directement à votre question, ces forces mondiales renforcent véritablement les perspectives du Canada.

Sam
Oui, très bien dit, Lesley. Vous présentez actuellement une diapositive qui illustre les rendements des marchés boursiers mondiaux. Jeff, je me demandais si nous pourrions maintenant nous tourner vers vous pour que vous nous aidiez à en décrypter les principaux éléments.

Lesley
Je suis désolée. J’ai oublié : j’ai encore une diapositive à présenter. Vous en avez une autre? Oui. Je ne veux pas causer de confusion, Jeff.

[rires]

Lesley
Je souhaitais également souligner – et je crois l’avoir mentionné – que, tout comme la performance des marchés depuis le début de l’année a différé entre la période de janvier‑février et le mois de mars, les rendements factoriels, ou les tendances qui ont soutenu les rendements, ont évolué de manière similaire.
Si l’on regarde les facteurs qui ont affiché de la vigueur en janvier et en février, il s’agissait surtout du facteur valeur, des dividendes et, plus largement, de tout ce qui n’était pas axé sur la croissance et la qualité – des caractéristiques beaucoup plus associées au marché américain.
Ainsi, si nous assistons à une reprise de ces tendances – en mettant de côté les manchettes actuelles et les risques liés à l’actualité –, cela serait également très favorable aux actions canadiennes. L’objectif était donc simplement de renforcer notre conviction à l’égard de la thèse d’investissement pour les actions canadiennes et de souligner que même les tendances mondiales jouent en faveur du Canada.

Sam
Oui, tout à fait, Lesley, je suis content que vous ayez ajouté cette diapositive. Jeff, c’est d’ailleurs un bon moment pour poursuivre la discussion avec vous. J’aimerais comprendre – et je suis certain que l’auditoire aussi – ce que vous observez à l’échelle des secteurs. Leslie a parlé, par exemple, des facteurs et des styles. À mesure que ces grandes thématiques mondiales se répercutent sur les actions canadiennes, que constatez‑vous au sein des différents secteurs?

Jeff
Merci, Sam. Je vais entrer dans le détail et expliquer comment le conflit au Moyen‑Orient se répercute sur le TSX. Comme sur la plupart des grands indices mondiaux, nous avons observé un important retournement : ce qui fonctionnait plus tôt cette année s’est inversé et a sous‑performé au sein du TSX, comme Leslie l’a souligné.
Je vais donc vous donner un peu plus de contexte. Commençons par les métaux de base. J’en ai déjà parlé : ils sont étroitement liés à la croissance mondiale et étaient à l’avant‑plan de ce nouveau cycle marqué par des déséquilibres entre l’offre et la demande. Or, en mars, ils ont subi des corrections de l’ordre de 20 à 30 %. Cela s’explique par les inquiétudes entourant les perspectives de croissance mondiale, attribuables notamment à la hausse des prix du pétrole, qui a aussi entraîné une remontée des rendements obligataires. Toujours dans le secteur des matériaux, parlons de l’or. Il représente désormais une part importante de l’indice, et il a probablement surpris de nombreux investisseurs en mars.
Historiquement, lors de crises géopolitiques, l’or a souvent joué un rôle de valeur refuge – pas systématiquement, mais assez fréquemment. Cette fois‑ci, ce ne fut pas le cas. Les titres aurifères ont en fait reculé de 20 % à 30 % en mars.
À mon avis, cela s’explique en grande partie par le positionnement. Les sociétés aurifères étaient parmi les grands gagnants à l’approche du mois de mars et affichaient un fort momentum.
Or, lorsque les investisseurs réduisent le risque, ils vendent souvent d’abord ce qui a le mieux performé afin de lever des liquidités. Ainsi, l’or n’a pas agi comme valeur refuge cette fois‑ci. Cela dit, si le conflit devait se prolonger ou entrer dans une nouvelle phase d’escalade, je pense que l’or recommencerait à mieux performer. Nous suivons de près les positionnements, et une bonne partie des excès a déjà été corrigée.
Passons maintenant à d’autres secteurs pour mieux comprendre le comportement du TSX au cours du dernier mois. L’énergie a été le principal gagnant à court terme, ce qui n’étonnera personne ici.
Les prix du pétrole ont bondi, et il s’agit du seul secteur en hausse au sein du TSX ce mois‑ci. Un élément intéressant toutefois : les titres énergétiques ont progressé d’environ 20 %, alors que le prix du pétrole a augmenté d’environ 60 % sur la même période. Cela indique que le marché demeure sceptique quant à la durabilité de ces niveaux de prix, ou qu’il anticipe un impact éventuel sur la demande en raison du ralentissement de la croissance mondiale.
Les banques canadiennes – l’autre grand pilier du TSX – ont également réservé une surprise aux investisseurs. Elles sont en baisse, mais beaucoup moins que l’ensemble du marché : environ 5 %... c’est bien moins que les banques mondiales.
À mon avis, elles ont fait preuve d’une gestion admirable dans un contexte de fort ralentissement du marché immobilier canadien. Cela reflète la structure oligopolistique du secteur bancaire au Canada : six banques, contre plus de 5 000 aux États‑Unis.
Cela dit, aujourd’hui, les valorisations sont selon moi élevées. Pour aller plus haut, il faudrait des révisions à la hausse des bénéfices. Or, dans un environnement de marchés des capitaux chahutés et avec une baisse des actifs gérés en gestion de patrimoine, le potentiel de révisions positives des bénéfices semble limité.
Pour revenir à la suite des choses et au conflit actuel : s’il y a désescalade, on pourrait assister à un retour de l’appétit pour le risque, à une rotation vers les actifs qui performaient auparavant, comme l’illustre ce graphique, et à un regain des secteurs que j’ai mentionnés.
Si le conflit devait persister, je pense que les actifs risqués dans leur ensemble subiraient davantage de pression. Cela dit, compte tenu du poids de l’énergie – qui peut évoluer à contre‑courant du marché – et d’un éventuel retour de l’or comme valeur refuge, le TSX pourrait relativement bien s’en tirer par rapport à d’autres marchés.
Dernier point important : nous avons parlé des grands secteurs, mais dans un marché fortement influencé par les facteurs macroéconomiques, les flux de capitaux et la volonté de réduire le risque, comme ce fut le cas au cours du dernier mois, on observe de nombreuses distorsions de marché.
Autrement dit, lorsque les investisseurs réduisent le risque, ils vendent souvent ce qu’ils peuvent, et non ce qu’ils voudraient réellement vendre. Cela peut faire baisser des titres dont les données fondamentales sont solides. Ainsi, au cours du dernier mois, nous avons identifié plusieurs occasions intéressantes : des titres à forte conviction, sans exposition directe aux grandes dynamiques mondiales, mais dont les cours ont reculé. Nous profitons donc de cette volatilité et de ces distorsions de marché pour renforcer nos positions dans des entreprises dont les fondamentaux restent très solides. Voilà, en résumé, quelques éléments clés pour mieux comprendre les dynamiques internes du TSX au cours du dernier mois.

Sam
Excellentes perspectives – merci à vous deux. C’est à mon avis extrêmement important. Nous avons commencé par une vue d’ensemble, et parallèlement à ces forces mondiales, les investisseurs commencent évidemment à se demander ce que tout cela signifie concrètement ici, chez nous. Ils surveillent notamment de près les attentes à l’égard des taux d’intérêt, et ce suivi est particulièrement attentif cette année.
Je pense que tout le monde cherche à mieux comprendre quand, ou même si, les banques centrales commenceront à abaisser les taux cette année, ou possiblement à les relever plus tard cette année. La question que l’on se pose est donc la suivante : qu’est‑ce que cela implique pour la croissance économique et pour les valorisations?
Et Jeff, vous avez mentionné des éléments comme le marché immobilier. Vous avez également parlé de distorsions, de réduction du risque, et de cette réalité où les investisseurs vendent parfois ce qu’ils peuvent, plutôt que ce qu’ils voudraient réellement vendre. Ce sont là des points très pertinents, mais souvent, lorsqu’ils examinent la situation, les investisseurs se demandent aussi très concrètement : qu’est‑ce que je fais avec mon hypothèque? et ce genre de questions très pratiques.
Jeff, je vais donc rester avec vous pour cette prochaine question. Comment l’évolution des attentes à l’égard des taux d’intérêt influence‑t‑elle actuellement le comportement des marchés et l’appétit pour le risque?

Jeff
Excellente question. Je vais d’abord aborder brièvement la situation au Canada, puis je parlerai davantage des États‑Unis, car, comme nous en avons discuté, cela a des répercussions plus importantes sur notre marché boursier.
Du côté canadien, j’ai été honnêtement assez surpris par les attentes de hausses de taux. Quand on regarde la situation au Canada, le marché immobilier – sans être complètement à l’arrêt – est clairement au ralenti. Nous faisons face à des vents contraires liés au commerce avec les États‑Unis, et l’immigration ralentit également. De plus, lorsqu’on examine notre économie sur les quatre ou cinq dernières années, on constate que la croissance a été très limitée une fois exclu l’effet de la croissance démographique. Tout cela donne l’impression que le Canada aurait probablement davantage besoin d’une politique accommodante que d’une politique restrictive.
En ce qui concerne les États‑Unis, la situation est particulièrement intéressante depuis environ trois mois. Nous avons amorcé l’année dans ce qui ressemblait à un environnement « Boucles d’or » (juste parfait), avec un élargissement de la croissance économique. Nous avions observé un élargissement de la croissance économique. L’inflation était devenue une préoccupation moins centrale, et les attentes penchaient clairement vers des baisses de taux.
On anticipait l’arrivée d’un nouveau président de la Réserve fédérale, possiblement plus aligné avec le président, ce qui nourrissait l’idée d’un assouplissement monétaire. Or, ce contexte a changé. À l’heure actuelle, tant aux États‑Unis que, dans une certaine mesure, à l’échelle mondiale, nous nous trouvons plutôt dans une phase à tendance stagflationniste découlant du conflit. On observe une hausse des prix du pétrole, et une remontée des rendements obligataires alimentée par des attentes inflationnistes.
Cela dit, pour être très clair, je ne crois pas que cette phase durera. Si le conflit se prolonge, la prochaine étape serait plutôt un choc de croissance pour l’économie mondiale. Autrement dit, si les prix du pétrole demeurent élevés et que les conditions financières se resserrent, on finirait par constater un ralentissement économique plus marqué. Dans ce scénario, je pense que les rendements obligataires commenceraient probablement à reculer, reflétant une reconnaissance d’une croissance mondiale plus faible. On pourrait alors même assister, du côté des échéances plus courtes, à un retour éventuel des baisses de taux.
J’ai mentionné que l’or a tendance à mieux se comporter lorsque l’on commence à envisager des baisses de taux, car ça modifie la perception à son égard. Dans un tel contexte, on peut aussi s’attendre à une réaction des autorités publiques. Il est probable que les actifs risqués doivent d’abord reculer, mais qu’une réponse de politique économique suive. Évidemment, nous espérons ne pas en arriver là, mais je tenais à souligner ce scénario à partir des attentes actuelles. En conclusion, je dirais qu’on évolue dans un environnement très changeant : on est passé, à l’échelle mondiale, d’anticipations de baisses de taux à des attentes de hausses, un mouvement largement lié au conflit et aux craintes inflationnistes qui en découlent.
Cela a eu une influence majeure sur l’appétit pour le risque et les marchés boursiers. Bref, pour répondre à votre question, Sam, les attentes du marché à l’égard des taux d’intérêt demeurent très mouvantes tout au long de l’année.

Sam
Oui, Jeff, d’excellents points. Une réaction des politiques publiques est effectivement quelque chose à laquelle on peut s’attendre. Le caractère changeant de l’environnement est bien réel.
Lesley, nous aimerions maintenant vous entendre du point de vue macroéconomique, notamment en ce qui concerne les secteurs sensibles aux taux comme les produits financiers, l’immobilier et d’autres segments similaires du marché. Quelles sont vos réflexions à ce sujet?

Lesley
Jeff a fait référence à cette période particulièrement intéressante que traversent les marchés et à ce qu’ils intègrent actuellement dans les prix. Lorsqu’on observe la courbe des taux à terme, on constate que, du côté des États‑Unis, les attentes de hausses de taux ont pratiquement disparu. En revanche, ce n’est pas le cas au Canada.
Et c’est, à mon avis, l’élément le plus étrange de la situation actuelle, car c’est franchement contre‑intuitif. Cela va d’ailleurs à l’encontre du discours que nous entendons de la part du gouverneur de la Banque du Canada, le gouverneur Macleod, ainsi que de celui exprimé récemment par la première sous‑gouverneure, Carolyn Rogers. Permettez‑moi d’ailleurs de vous lire une citation qu’elle a faite, pour nos auditeurs.
Elle date d’il y a seulement quatre jours. Elle a déclaré que « ses collègues et elle‑même se préparaient à un travail difficile », évoquant le protectionnisme américain, le resserrement de l’immigration canadienne et l’adoption de l’intelligence artificielle comme des changements structurels déterminants pour les perspectives sur cinq ans.
Nous reconnaissons que nous traversons actuellement une période de faible croissance qui, dans des circonstances normales, nous amènerait à anticiper des baisses de taux. Or, il est évident que la Banque du Canada et la Réserve fédérale disposent aujourd’hui d’une marge de manœuvre beaucoup plus limitée, compte tenu des perspectives inflationnistes actuelles. Si l’on regarde le point de départ en début d’année, les attentes tablaient sur un taux d’inflation d’environ 2 %. Or, ces anticipations ont depuis été revues à la hausse, se situant désormais plutôt entre 3 %, 4 % et même 5 %.
Nous avons donc des banques centrales qui sont réellement forcées de faire face à des conditions de stagflation, alors que celles‑ci n’étaient ni anticipées ni projetées par qui que ce soit au début de l’année. Je pense que, dans l’ensemble, le marché est en train de se recalibrer.
Lorsqu’on regarde le dollar canadien, il s’est affaibli au cours des derniers jours. J’ai l’impression que l’élan positif lié aux anticipations de hausses de taux commence réellement à s’estomper pour le dollar canadien, même si la courbe des taux à terme continue de refléter des attentes de resserrement monétaire.
Et je crois que le point sur lequel nous devrions tous nous concentrer est le fait que la hausse des taux d’intérêt ne changera pas les perspectives des prix du pétrole. Autrement dit, elle ne permet pas réellement de s’attaquer à l’inflation. C’est d’ailleurs le message que communiquent le gouverneur Macklem et la première sous‑gouverneure Rogers : on ne peut pas, dans les faits, influer sur l’inflation simplement en augmentant les taux d’intérêt. Et compte tenu de la faiblesse de l’économie canadienne, ce n’est pas le scénario que nous envisageons à l’heure actuelle.
C’était donc une façon un peu longue d’exposer les défis macroéconomiques auxquels nous sommes confrontés en tant qu’investisseurs. Votre question portait sur les secteurs et sur nos perspectives à leur sujet.
Le secteur de l’immobilier a été particulièrement éprouvé. De toute évidence, les prix des logements ont connu une correction assez marquée. Les défis sont nombreux et renvoient notamment aux commentaires de la première sous-gouverneure Rogers concernant l’immigration, ainsi qu’au fait que la population canadienne est maintenant en déclin. Le nombre de résidents temporaires diminue également.
Or, il s’agit d’un marché fortement axé sur la location. Petite promotion un peu honteuse, d’autant plus que je n’ai pas participé à ce balado, mais nous venons tout juste de publier un excellent épisode d’environ 22 minutes réunissant notre chef stratège en titres à revenu fixe et un expert du marché du logement au Canada.

Il s’agit de Ben Rabidoux de North Cove Advisors. Je l’ai écouté hier. Il y présente des analyses très pertinentes sur les perspectives du marché canadien de l’habitation, fondées sur des données statistiques solides, notamment en ce qui concerne l’évolution démographique et l’importance de celle‑ci pour les perspectives tant du marché locatif que du marché de la propriété. Et disons‑le franchement, le portrait n’est pas très reluisant pour l’immobilier.
Indépendamment de la question des taux d’intérêt – bien sûr, la plupart des gens connaissent l’enjeu du renouvellement des prêts hypothécaires et le fait que 2021 a marqué un creux historique des taux – nous arrivons maintenant à la période de renouvellement sur cinq ans.
Nous ne considérons pas cela comme un point de rupture pour le secteur financier, mais c’est certainement un vent contraire supplémentaire qui s’ajoute à ceux qu’a évoqués Jeff à l’égard des sociétés financières canadiennes. Il y a donc un vent contraire du côté de l’immobilier.
Dans un scénario de taux d’intérêt plus élevés, cela est généralement favorable aux sociétés financières du point de vue des marges, mais il faut tenir compte du contexte global. Si la hausse des taux est plutôt attribuable à l’inflation, que les pertes d’emploi commencent à s’accumuler et que le marché du travail se détériore, les risques augmentent.
Lorsque les gens ne travaillent pas, ils ne paient pas leurs factures, et cela devient un enjeu beaucoup plus important pour les institutions financières. Il faut donc trouver un juste équilibre. L’économie canadienne n’est pas particulièrement robuste à l’heure actuelle, même si elle a légèrement surpris à la hausse en janvier et en février.
Avec le retrait – du moins pour le moment – de la perspective de baisses de taux, les secteurs sensibles aux taux d’intérêt, comme les sociétés financières, l’immobilier et plus généralement les segments sensibles aux taux, risquent d’être relativement plus sous pression à court terme lorsqu’on compare les différents secteurs disponibles pour les investisseurs.

Sam
Merci pour ces observations, Lesley. Vous avez mentionné les vents contraires : l’économie n’est clairement pas aussi solide que nous le souhaiterions. Dans ce contexte d’incertitude, il n’est donc pas surprenant de voir que les conseillers financiers commencent à regarder au‑delà de certains outils plus traditionnels.
Cela nous amène à ce qu’on appelle les placements alternatifs. Ils continuent de gagner en popularité, alors que les investisseurs cherchent davantage d’outils pour gérer la volatilité.
Jeff, j’aimerais commencer avec vous.
L’équipe de Picton a réalisé beaucoup de travail dans le segment des actions alternatives. Quelles tendances observez‑vous actuellement, et comment ces stratégies trouvent‑elles leur place aujourd’hui? Et Lesley, j’aimerais également vous entendre sur le rôle que peuvent jouer les placements alternatifs dans l’ensemble de l’univers d’occasions des actions canadiennes. Jeff, commençons par vous.

Jeff
C’est une bonne question. Comme vous l’avez mentionné, notre société consacre beaucoup de temps aux placements alternatifs, tant du point de vue de la formation que de la constitution de portefeuilles. Nous avons d’ailleurs de plus en plus de conversations avec des conseillers partout au Canada, et j’aimerais prendre un moment pour expliquer pourquoi.
Historiquement, les investisseurs structuraient généralement leurs portefeuilles autour de deux grandes catégories d’actifs : les actions et les obligations. Pensons au classique portefeuille 60/40, ou à l’une de ses variantes.
La réalité, c’est que les actions surclassent les obligations sur une période prolongée. Elles créent beaucoup de valeur pour les investisseurs, mais le parcours est extrêmement volatil.
Face à cette volatilité, les investisseurs ont besoin d’un élément d’équilibre dans le portefeuille. À défaut, ils finissent par modifier leur répartition d’actifs ou par réagir au mauvais moment. C’est ainsi que le portefeuille 60/40 s’est imposé.
Cette diapositive est intéressante, car elle analyse ce portefeuille sur différentes périodes. Beaucoup d’investisseurs constatent que le 60/40 a offert des rendements exceptionnels de 2000 à 2020, une période de 20 ans qui correspond probablement à l’horizon d’investissement d’une grande partie des gens ici présents, soit les années durant lesquelles ils ont détenu des actifs investissables. Si l’on découpe cette période de 2000 à 2020, on observe six corrections majeures des marchés boursiers.
Et à chaque fois, les obligations ont joué leur rôle : elles étaient négativement corrélées aux actions. Le tableau à droite montre que les obligations ont aussi surclassé la trésorerie. L’équilibre était donc idéal.
La raison en est simple : les baisses des marchés boursiers à cette époque n’étaient pas causées par l’inflation. L’inflation était très faible. Il s’agissait plutôt de craintes liées à la croissance : récessions, crises financières, ralentissements économiques.
Dans un tel contexte, la croissance ralentit, l’inflation diminue, les rendements obligataires baissent et les prix des obligations augmentent. Les obligations constituent alors d’excellents outils de diversification.
Ce que ce graphique met également en évidence – et il remonte jusqu’en 1940 –, c’est que cette relation n’a pas toujours existé. Si l’on examine la période allant de 1940 à 2000, soit environ 60 ans, on compte 15 importantes corrections boursières. Or, dans chacune de ces périodes, le tableau à droite montre que les obligations ont sous-performé la trésorerie. La répartition d’actifs a donc été mise à rude épreuve.
C’est pour une raison similaire que nous avons amorcé cette discussion avec les clients : quelque chose a commencé à changer autour de 2020. En 2022, les actions et les obligations ont chuté simultanément.
Cela a eu des implications majeures pour la constitution de portefeuilles. Dans ces contextes, il ne s’agissait pas nécessairement de craintes liées à la croissance, mais souvent de craintes inflationnistes. Et lorsqu’il y a une peur de l’inflation, les deux catégories d’actif peuvent reculer en même temps.
Il faut également souligner que lorsque les actifs deviennent corrélés entre eux, la volatilité globale du portefeuille augmente.
Pour répondre à votre question, Sam, nous avons donc de nombreuses discussions avec les conseillers afin de prendre du recul et de revoir les blocs de construction des portefeuilles.
Au sein de notre société, nous parlons parfois de « nouvelles mathématiques » : au lieu du 60/40, pensez plutôt à un modèle du type 40/30/30. Ce ne sont pas des chiffres précis, mais une façon de remettre en question la structure même des portefeuilles. Un portefeuille doit certes contenir des actions capables de générer de la croissance à long terme. Il doit aussi inclure des obligations. Mais il devrait également reposer sur un troisième pilier : les placements alternatifs, des sources de rendement diversifiées et faiblement corrélées aux marchés traditionnels.
L’objectif est de bâtir des portefeuilles plus résilients : réduire l’ampleur des replis involontaires, offrir une certaine protection contre l’inflation et, ultimement, aider les investisseurs à atteindre leurs objectifs financiers avec ce que nous appelons une plus grande certitude.
En résumé, la relation entre les deux grandes catégories d’actifs traditionnelles a changé. Cela a incité les investisseurs à se questionner et à se demander quelles solutions pourraient se comporter différemment et contribuer à la constitution de meilleurs portefeuilles.

Sam
Et Jeff, vous avez une autre diapositive qui porte sur le portefeuille 60/40. Souhaitez‑vous nous la présenter maintenant?

Jeff
En effet, Sam, merci. Cette diapositive ventile en fait le comportement des actions et des obligations selon différents régimes d’inflation.
On y voit à la fois les rendements et la corrélation entre les deux catégories d’actifs. Vous constaterez que dans des périodes d’inflation faible et stable, comme de 2000 à 2020, les actions et les obligations jouent très bien leur rôle d’agents de diversification. Mais lorsque le régime d’inflation change, on observe des différences tant dans les attentes de rendement que du point de vue du risque. Merci, Sam.

Sam
Avec plaisir. Et Lesley, c’est probablement un bon moment pour vous inviter à enchaîner sur les perspectives plus larges du marché des actions canadiennes. Qu’en pensez‑vous?

Lesley
Évidemment, les placements alternatifs occupent aussi beaucoup d’espace dans les manchettes et le discours actuel. J’aimerais m’appuyer sur certains des points soulevés par Jeff. J’ai trouvé que ses diapositives mettaient très bien en lumière l’importance des placements alternatifs et le rôle qu’ils peuvent jouer en matière de diversification.
Il est bien sûr primordial d’assurer une adéquation entre les besoins de liquidité des investisseurs et la liquidité des instruments utilisés. C’est d’ailleurs ce qui a alimenté une partie du discours négatif plus récent autour des titres de créance privés.
Cela dit, cet enjeu n’a pas remis en cause la pertinence de cette catégorie d’actif. Les caractéristiques de diversification qu’apportent les placements alternatifs à un portefeuille demeurent valables. Les avantages sont toujours là – il s’agit simplement de bien les comprendre et de les mettre en œuvre adéquatement.
C’est pourquoi des sociétés comme la nôtre, la vôtre et celle de Jeff consacrent beaucoup de temps à former les investisseurs sur la valeur des placements alternatifs dans un portefeuille, sur le rôle qu’ils jouent, mais surtout sur leur pertinence. À cet égard, rien de fondamental n’a changé.
Je sais que vous aimez les bonnes anecdotes, alors j’aimerais en offrir une à notre auditoire aujourd’hui.
Plusieurs d’entre nous viennent du monde des marchés publics, mais le rôle que jouent les marchés privés dans l’écosystème économique et des marchés financiers est en pleine transformation.
Selon certaines spéculations récentes, SpaceX pourrait faire son entrée en bourse dès le mois de juin, avec une valorisation – tenez-vous bien – qui pourrait atteindre environ 1,5 billion de dollars.
Pour donner un peu de contexte, lorsqu’on parle de montants en billions, on perd facilement la perspective. Il n’y a eu qu’un autre premier appel public à l’épargne d’une ampleur comparable, et il n’était probablement pas sur le radar de nombreux Canadiens : celui de Saudi Aramco. Gardons cela en tête un instant.
Avant SpaceX, le plus important premier appel public à l’épargne était celui d’Alibaba, avec une capitalisation boursière de 169 milliards de dollars. Là encore, ce n’est peut‑être pas un point de référence universel. Le suivant – et probablement plus parlant – était celui de Facebook, comme on l’appelait à l’époque (sans trop me dévoiler sur mon âge), à 104 milliards de dollars.
Donc, pour bien situer les balises : Facebook est entrée en bourse avec une valorisation de 104 milliards de dollars, et on anticipe que SpaceX pourrait le faire autour de 1,5 billion de dollars.
Cela illustre à quel point l’accès aux marchés privés est devenu et continuera d’être essentiel pour les investisseurs qui souhaitent participer aux grandes entreprises transformatrices de notre époque.
Un dernier élément à souligner : au‑delà de SpaceX, plusieurs autres acteurs majeurs sont dans la filière. Des noms que je pense bien connus de notre auditoire.
Le dernier tour de financement privé d’OpenAI l’évaluait à environ 840 milliards de dollars, tandis que celui d’Anthropic atteignait près de 380 milliards. Il se passe donc énormément de choses dans les marchés privés. Et lorsqu’on réfléchit à la constitution d’un portefeuille, c’est un aspect qui mérite d’être pris en compte – bien sûr, lorsque cela est pertinent.

Sam
Excellent. Et on adore toujours ces anecdotes, Lesley. Des valorisations tout simplement incroyables, évidemment.
Alors, voici où nous en sommes, tout le monde. Nous approchons de la période de questions‑réponses. Je tiens d’ailleurs à rappeler que si vous désirez participer, vous devez suivre les instructions indiquées à l’écran pour vous connecter à Slido. N’hésitez pas à soumettre vos questions et à voter pour celles des autres participants. Comme je l’ai mentionné, cela nous aidera à prioriser les sujets qui comptent le plus pour vous.
J’ai encore quelques questions en réserve, mais je me dis que, Lesley, Jeff, pourquoi ne pas passer à la période de questions dès maintenant? Cela nous permettra de commencer à examiner les questions de l’auditoire. Et s’il n’y en a pas encore beaucoup, nous pourrons toujours revenir à certaines des miennes. Je vais mettre mes lunettes, parce que je vais devoir lire tout ça maintenant.
D’accord, nous avons déjà quelques questions qui arrivent, avec déjà 17 mentions « J’aime », et vous pouvez les voir à l’écran.
Voici une question : Lors de la construction de portefeuilles, comment devrait‑on équilibrer les actions canadiennes par rapport aux marchés américain et mondiaux dans le contexte économique et de valorisation actuel? Jeff, je vous proposerais de commencer, puis Lesley, n’hésitez pas à intervenir.

Jeff
Bien sûr. Je vais essayer de relier certains des éléments que nous avons abordés concernant les actions canadiennes et leurs principaux moteurs. Comme je l’ai mentionné plus tôt, une composante importante du marché canadien est liée au cycle des marchandises. À mon avis, nous en sommes aux premières étapes d’un nouveau cycle, ce qui a historiquement été très porteur pour l’ensemble du marché canadien.
Si l’on se tourne vers les autres marchés, le marché américain a été particulièrement intéressant jusqu’au mois dernier.
Ce qui est notable, c’est que l’indice à pondération égale – qu’on appelle souvent le RSP, ou d’autres indices du même type – a commencé à surperformer aux États‑Unis, probablement dès novembre de l’an dernier. Je pense qu’il y a plusieurs raisons à cela. L’une d’entre elles est que les membres du Mag7, impliqués dans la course à l’armement de l’IA, investissent des montants très importants en dépenses d’investissement. Cela se traduit par moins de flux de trésorerie disponibles pour les investisseurs et moins de rachats d’actions. Leur leadership s’est donc estompé, pas nécessairement pour chacune de ces sociétés individuellement, mais clairement au niveau du groupe. C’est, selon moi, ce qui explique en partie les indices à pondération égale.
Un autre facteur expliquant cet intérêt pour les indices à pondération égale aux États‑Unis, c’est que plusieurs segments de l’économie ont traversé ce que je qualifierais de récessions sectorielles successives au cours des dernières années. On ne l’a pas toujours perçu, parce que l’économie globale a été soutenue par les investissements massifs en IA, mais de nombreux secteurs ont connu des périodes très difficiles. Nous croyons que plusieurs de ces secteurs sont maintenant en phase de reprise graduelle, ce qui favorise davantage un marché américain plus large, tout comme certains segments du TSX.
Pour préciser ce que je veux dire, plusieurs de ces secteurs ont subi ce que j’appellerais l’« effet coup de fouet » post‑COVID. Pendant la pandémie, il y a eu les confinements, puis les réouvertures, ce qui a entraîné une forte hausse de la demande. Les entreprises ont alors augmenté la production, avant que la demande ne se normalise.
Résultat : de nombreuses sociétés ont passé les trois ou quatre dernières années à écouler des surplus d’inventaires. Aujourd’hui, pour plusieurs de ces entreprises, les inventaires sont normalisés, les commandes recommencent à augmenter et les marges s’améliorent. On le voyait d’ailleurs dans certaines données d’indices des directeurs d’achat (PMI), du moins avant le conflit. Au Canada, on peut penser à des entreprises comme Magna ou BRP, dans les domaines de l’automobile et des véhicules côte à côte. Si l’on regarde Magna, par exemple, ses bénéfices ont augmenté de 40 % en février – un point d’inflexion très marqué.
Donc, pour résumer, je dirais que le contexte est relativement favorable au Canada grâce aux marchandises si l’on obtient une résolution du conflit. Du côté des États‑Unis, le marché peut aussi bien se comporter, mais peut‑être davantage par l’entremise d’une exposition plus large, comme les indices à pondération égale, plutôt que grâce aux mégacapitalisations.

Sam
Merci, Jeff. Excellents points. Leslie, compte tenu de votre perspective macroéconomique, qu’ajouteriez-vous aux éléments que Jeff vient de nous présenter?

Lesley
Je trouve que Jeff a fait un excellent travail pour bien positionner la réponse à la question. La seule chose que j’ajouterais concerne la nature même du marché américain : c’est un marché très axé sur la croissance et fortement pondéré en technologies.
Selon votre perspective – et je pense que Jeff et moi partageons une vision assez similaire quant au rôle des valeurs cycliques et des marchandises –, les marchés à caractère plus cyclique se trouvent davantage en Europe et au Canada, par exemple. Ces marchés sont beaucoup plus orientés vers les services financiers, la production manufacturière, la défense et les marchandises.
Donc, si l’on cherche une véritable diversification des styles de placement – et j’ai comparé tout à l’heure la performance des différents facteurs –, la diversification géographique devient vraiment essentielle.
Si l’objectif est uniquement d’avoir une exposition à la croissance technologique, les États‑Unis sont clairement le marché de prédilection. Cela dit, ce n’est pas, à mon avis, ce que ni Jeff ni moi ne considérons comme la meilleure stratégie dans l’environnement de marché actuel. Les perspectives à l’égard des grandes entreprises technologiques américaines ont beaucoup évolué par rapport à il y a 18 mois.
C’est pourquoi il est important de considérer d’autres marchés afin d’obtenir une diversification des styles et des facteurs à l’échelle du portefeuille.

Sam
Oui, et ce niveau de diversification, Leslie, fonctionne évidemment très bien. J’aimerais rester avec vous pour la prochaine question, puisqu’elle porte en partie sur le risque de baisse et à la protection du portefeuille.
La question est la suivante : dans un contexte de marchés aussi volatils, quelles sont, selon vous, des façons réalistes pour les investisseurs de rester investis sans s’exposer à un risque de baisse excessif?

Lesley
Je pense que j’aimerais m’attarder sur un point essentiel de cette question : l’importance de rester investi. Lorsqu’on traverse une période de forte volatilité ou un événement géopolitique, comme c’est le cas actuellement, il est parfois difficile de voir au‑delà de l’incertitude immédiate Or, lorsqu’on regarde les choses avec le recul de l’histoire, tous les grands événements géopolitiques finissent par se résoudre.
À long terme, sans vous assommer de statistiques, la trajectoire des marchés, et plus précisément des marchés boursiers, est à la hausse et vers la droite.
Ainsi, lorsqu’on construit un portefeuille, il doit être aligné sur la tolérance au risque de l’investisseur, notamment en ce qui concerne la proportion d’actions qu’il est prêt à détenir. Il faut toujours garder en tête qu’il est tout à fait normal – extrêmement normal, en fait – de connaître une correction de l’ordre de 10 %. Et, franchement, une correction de 20 % est aussi relativement fréquente.
Autrement dit, lorsqu’on se positionne, il faut le faire en sachant qu’une baisse de 20 % de la composante actions du portefeuille est une possibilité, voire parfois une probabilité.
Avoir dès le départ un ensemble de « règles d’or » et un plan clair est l’un des meilleurs moyens pour permettre aux investisseurs de rester investis sans prendre plus de risques qu’ils ne peuvent en assumer. Je pense que la question visait peut‑être davantage à savoir quels secteurs ou quelles catégories pourraient être perçus comme moins risqués.
Si je n’ai pas commencé par là, c’est parce qu’historiquement, plusieurs auraient considéré certaines entreprises technologiques à forte génération de flux de trésorerie – ou encore de grands acteurs du logiciel exposés aux bouleversements liés à l’IA – comme des placements de grande qualité et à faible risque. Ce sont d’ailleurs les types d’entreprises avec lesquelles Jeff et moi avons grandi en tant qu’investisseurs. Toutefois, nous traversons actuellement une transformation majeure quant au rôle que jouera l’intelligence artificielle. Dans ce contexte, des entreprises qui étaient historiquement perçues comme peu risquées pourraient présenter, au cours des trois à cinq prochaines années, des profils de risque plus élevés.
Je vais donc revenir aux principes fondamentaux de l’investissement : aligner la construction de votre portefeuille sur votre tolérance au risque demeure, selon moi, la meilleure façon d’encourager les investisseurs à rester investis.

Sam
De sages paroles, Lesley. S’assurer de la pertinence des placements, rester investi – ce sont précisément pour ces raisons que nous avons des principes comme « connaître son produit » et « connaître son client », et que nous accordons autant d’importance à la compréhension des objectifs de placement.
Jeff, souhaitez‑vous ajouter quelque chose avant que nous passions à la prochaine question?

Jeff
Très brièvement, je dirais que Lesley a très bien résumé la situation : l’essentiel, c’est de garder les investisseurs investis afin qu’ils puissent atteindre leurs objectifs. Ce que nous constatons, encore et encore, c’est que les gens retirent leur argent au mauvais moment – et ça, c’est une perte permanente de capital. Quant à la façon d’y parvenir, je dirais que la diversification ne consiste pas simplement à ajouter différents fonds. Il est important de comprendre les moteurs sous‑jacents : les facteurs de risque, les éléments qui expliquent vraiment les rendements.
Il y a environ un an, quelqu’un m’a montré un portefeuille qui incluait des actions américaines, des actions mondiales et un fonds technologique.
Les actions américaines étaient largement propulsées par l’IA l’an dernier. Le fonds mondial, lui, comportait environ 72 % d’actions américaines – donc essentiellement les mêmes titres – et on y ajoutait ensuite un fonds technologique. Vous pouvez voir le problème : ce portefeuille était fortement exposé au même facteur de risque.
C’est pourquoi j’insiste sur l’idée que la diversification ne se fait pas par les étiquettes, mais bien par les moteurs de rendement et les facteurs de risque. Et c’est, selon moi, un élément clé pour aider les investisseurs à rester investis : il faut partir avec la bonne construction de portefeuille.

Sam
D’accord, passons à autre chose. Allons à la prochaine question. Jeff, je commencerais par vous.
Étant donné la hausse des prix du pétrole, la Banque du Canada procédera‑t‑elle toujours aux deux baisses de taux prévues d’ici la fin de 2026, comme on l’entrevoyait plus tôt? Si vous avez votre boule de cristal sous la main, quelles sont vos réflexions, Jeff… et Lesley?

Jeff
Je n’ai probablement pas grand‑chose à ajouter là‑dessus. Je travaille dans les actions (...) Je pense que Leslie l’a aussi mentionné plus tôt. Dans le contexte actuel, j’ai l’impression que les attentes entourant ces baisses de taux étaient en partie liées au positionnement sur le marché obligataire. De façon générale, il me semble que notre économie appelle davantage à une politique accommodante qu’à une politique restrictive. Augmenter les taux n’aura aucun impact sur les prix du pétrole : il s’agit d’un enjeu d’offre
L’inflation que nous observons est donc largement attribuable à des facteurs liés à l’offre. Par ailleurs, le marché de l’habitation montre des signes de faiblesse, tout comme certains autres segments de l’économie. Je ne mettrai donc pas de chiffre précis là‑dessus, mais à mon avis, le Canada a davantage besoin d’une politique accommodante que d’une politique restrictive à l’heure actuelle.

Sam
Lesley, votre avis.

Lesley
Oui, je ne ferais que réitérer les points que j’ai déjà soulevés. Et Jeff, vous avez passé le test : vous avez bien écouté ce que je disais.

[rires]

Lesley
Mais non, je pense qu’à l’heure actuelle, les prévisions pointent plutôt vers un statu quo – voire un biais légèrement plus restrictif – du côté de la Banque du Canada, ce qui pourrait en surprendre certains.
Je ne crois pas que la Banque du Canada soit en position de réduire les taux pour le moment, mais je ne pense pas non plus qu’elle va les relever. À mon avis, nous sommes plutôt dans une phase d’attentisme en matière de politique monétaire, et les investisseurs ne devraient pas s’attendre à des baisses de taux à court terme.
Pour que des réductions deviennent nécessaires, il faudrait que l’économie se détériore de façon beaucoup plus marquée à partir de maintenant. La Banque du Canada semble considérer que les baisses de taux amorcées en 2025 doivent encore se diffuser pleinement dans l’économie et que, compte tenu de ce que nous savons aujourd’hui, le niveau des taux est suffisamment bas pour être stimulant pour l’économie canadienne.

Sam
Excellent. La suivante est : les actions canadiennes de petite capitalisation devraient‑elles jouer un rôle dans notre exposition au marché canadien? Lesley, Jeff – qui souhaite prendre celle‑ci?

Jeff
Peut‑être que je vais… je te laisserais commencer, Lesley.

Lesley
Allez-y, Jeff.

Jeff
Vous êtes la vedette aujourd’hui. Plus sérieusement, je pense que la question ramène à ceci : quelle exposition obtient‑on réellement avec les petites capitalisations canadiennes? Comme je le mentionnais plus tôt, certains fonds de petites capitalisations canadiennes sont aujourd’hui composés à près de 70 % de sociétés liées aux marchandises. Dans ce cas‑là, on parle essentiellement d’une exposition très concentrée aux marchandises, à hauteur d’environ 70 %.
D’autres fonds, en revanche, regroupent des entreprises diversifiées qui n’ont aucun lien avec les marchandises. C’est pourquoi je ne veux pas mettre tous les fonds de petites capitalisations dans le même panier : leurs profils de risque peuvent être très différents. Certains peuvent véritablement jouer un rôle de diversification et apporter une source de rendement complémentaire au portefeuille. D’autres peuvent plutôt accroître le niveau de risque global.
Tout dépend de la façon dont le gestionnaire construit et gère ce segment. En fin de compte, la question clé est toujours la même : quelle exposition ce placement apporte‑t‑il réellement et comment s’intègre‑t‑il dans l’ensemble du portefeuille?

Sam
Quelque chose à ajouter, Lesley?

Lesley
Je vais tout simplement reprendre la métaphore des montagnes russes de Jeff. Si vous choisissez d’embarquer dans ce manège, surtout dans le contexte actuel où les petites capitalisations canadiennes sont fortement exposées aux marchandises, il faut simplement savoir à quoi s’attendre.
Il y a clairement beaucoup d’argent à faire dans les actions canadiennes de petite capitalisation. C’est un segment qui me tient particulièrement à cœur, puisque c’est là que j’ai commencé ma carrière à titre de gestionnaire de portefeuille. J’ai donc naturellement un certain biais favorable envers cette catégorie d’actifs. Cela dit, elle doit absolument être appropriée en fonction de la tolérance au risque de l’investisseur, surtout compte tenu de l’importance des marchandises dans les petites capitalisations à l’heure actuelle.

Sam
D’accord. Nous avons donc deux questions qui étaient ex æquo. Cela vient tout juste de changer, mais on va séparer ça.
Jeff, je vais vous poser l’une des questions; Lesley, l’autre sera pour vous. Ensuite, nous conclurons pour permettre à tout le monde de reprendre le fil de sa journée. Ça bouge un peu trop vite à l’écran pour moi en ce moment!

Jeff
Est‑ce que je prends la dernière question? Il me semble que celle‑ci portait sur l’existence d’occasions en dehors des risques évidents.

Sam
Jeff, voulez‑vous répondre à celle‑là?

Jeff
Oui, je pense que c’est une excellente question. Dans des marchés dominés par des facteurs macroéconomiques comme ceux‑ci, les investisseurs ont tendance à réduire le risque. Souvent, ils ne vendent pas ce qu’ils aimeraient vendre, mais plutôt ce qu’ils peuvent vendre – autrement dit, ce qui est le plus liquide – et non pas les titres qui pourraient améliorer leur portefeuille à long terme. Je pense que c’est ce que nous observons en ce moment, avec ce que nous appelons des occasions idiosyncrasiques. Ces titres ne sont même pas directement touchés par le contexte géopolitique actuel, mais ils reculent simplement en raison de ventes motivées par des besoins de liquidité.

Ce n’est pas à la même échelle que durant la COVID, mais je vais vous donner un exemple qui illustre bien le phénomène. Pendant la pandémie, je me souviens d’une journée où le titre d’Intact Corporation financière avait eu une chute à deux chiffres simplement parce que les investisseurs cherchaient à sortir des marchés.
Pourtant, à ce moment‑là, nous étions tous confinés – incapables de prendre la route peut-être – mais nous continuions de payer nos primes d’assurance. C’était littéralement l’environnement idéal pour Intact : l’entreprise générait énormément de profits, mais le titre baissait uniquement à cause de ventes forcées pour obtenir des liquidités.
Nous voyons aujourd’hui des occasions similaires. PNC est un très bon exemple. Intact a reculé, Trisura aussi. Ces entreprises n’ont pas de lien direct avec ce qui se passe au Moyen‑Orient, mais elles subissent tout de même les distorsions de marché. C’est pourquoi, au quotidien, notre équipe d’analystes scrute ces situations à la recherche d’occasions créées par la fuite du risque de la part de certains investisseurs et par des contraintes de liquidité. Nous avons beaucoup parlé des marchandises et des banques, mais il existe encore de nombreuses occasions de ce type dans le contexte actuel.

Sam
Excellent, merci Jeff.
Leslie, nous avions plusieurs questions qui défilaient, mais je crois que la dernière était la suivante : Y a‑t‑il des secteurs ou des thèmes canadiens que vous estimez actuellement mal compris ou sous‑évalués par le marché? Est‑ce que cette question vous convient?
Et si possible, une réponse d’environ 30 secondes.

Lesley
Oui, bien sûr. Un secteur que je mettrais en avant est celui de l’énergie. Actuellement, tout le monde se concentre sur le risque géopolitique, ce qui ajoute une prime de risque aux prix de l’énergie. Or, à mon avis, le secteur de l’énergie était déjà en mouvement bien avant ce conflit.
Cela met en évidence le rôle fondamental que jouera l’énergie dans des thèmes structurants comme l’intelligence artificielle et la sécurité nationale. Il y a donc une solide tendance fondamentale dans le secteur de l’énergie, qui dépasse largement les événements géopolitiques récents. Après ce conflit – et si les États‑Unis estiment pouvoir s’en retirer – il pourrait y avoir de belles occasions dans le secteur de l’énergie.
Les prix du pétrole pourraient reculer, bien sûr, mais je crois sincèrement que l’histoire ici est plus structurelle que conjoncturelle.

Sam
Oui, très bien dit.
Alors, tout le monde, nous allons conclure ici. Il nous reste encore quelques minutes avant l’heure pile. Merci beaucoup, Lesley. Merci beaucoup, Jeff. Merci d’avoir partagé vos analyses et vos perspectives aujourd’hui. C’est ce type d’échanges qui nous aide à mieux naviguer la suite de 2026 et à comprendre l’importance de l’équilibre, de la vigilance et de l’adaptabilité dans les portefeuilles. Merci beaucoup de vous être joints à nous.

Lesley
Merci de l’invitation. Tout le plaisir est pour nous.

Sam
Merci également à tous ceux et celles qui ont participé à l’événement. Nous vous remercions sincèrement de votre temps et de votre participation.
Petit rappel pour nos conseillers du Québec : le questionnaire de formation continue apparaîtra une fois la séance terminée.
Pour terminer, nous aimerions avoir votre avis. Un court sondage s’affichera à l’écran sous peu afin d’obtenir votre rétroaction sur la séance d’aujourd’hui.
Nous avons hâte de vous retrouver pour notre prochaine conférence Échos des marchés, qui aura lieu le 17 mai. D’ici là, portez-vous bien.

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président et chef de la direction, Gestion de placements Canada Vie

Sam compte plus de 30 ans d’expérience dans le secteur des services financiers, notamment dans les domaines des services bancaires, de la gestion de placements, de la planification financière personnelle et de la gestion du patrimoine. Il est l’auteur de plusieurs articles dans des publications de l’industrie, a donné des cours sur le leadership et les affaires à la Conestoga College School of Business et est actuellement membre du comité de placement de Hamilton Health Sciences.

cheffe des placements, Actions, Placements Mackenzie

Lesley Marks est entrée au service de Mackenzie en 2021. Elle dirige une équipe de 80 professionnels des placements répartis dans 11 boutiques d’actions. Forte de plus de 25 ans d’expérience dans les domaines de la gestion d’actifs et de la gestion du patrimoine et d’un solide parcours dans les actions canadiennes, elle siège à plusieurs conseils d’administration. Elle est titulaire d’un baccalauréat en commerce et d’une maîtrise en administration des affaires, et détient le titre CFA.

cochef des stratégies d’actions et chef de la gestion de portefeuille et de la négociation, Placements Picton

Jeff Bradacs est entré au service de Picton en 2017, apportant une expertise considérable en gestion d’actions canadiennes. Il dirige les fonctions de gestion de portefeuille et de négociation, et il gère les principales stratégies d’actions. Par le passé, il a occupé des postes de direction chez BMO et Manuvie. Il est titulaire d’un baccalauréat spécialisé en administration des affaires de l’Ivey School of Business et détient le titre de CFA.

Les opinions exprimées dans ce commentaire n’engagent que Canada Life Asset Management Limited, Keyridge Asset Management Limited et J.P. Morgan Asset Management en date du 13 janvier 2026 et peuvent changer sans préavis. 

Le versement de distributions n’est pas garanti et peut fluctuer. Le versement de distributions ne doit pas être confondu avec la performance, le taux de rendement ou le rendement du fonds. Si les distributions versées par le fonds sont plus élevées que le rendement du fonds, votre investissement initial diminuera. Les distributions versées par suite de la réalisation de gains en capital, ainsi que le revenu et les dividendes gagnés par un fonds, sont imposables entre les mains de l’investisseur dans l’année où ils sont versés. Le prix de base rajusté sera diminué du montant des remboursements de capital. Si le prix de base rajusté tombe au-dessous de zéro, vous devrez payer l’impôt sur les gains en capital sur le montant négatif. 

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Cette vidéo pourrait renfermer des renseignements prospectifs qui décrivent nos attentes actuelles ou nos prédictions pour l’avenir ou celles de tiers. Les renseignements prospectifs sont, de par leur nature, assujettis, entre autres, à des risques, incertitudes et hypothèses qui peuvent modifier de façon importante des résultats réels qui ont été énoncés aux présentes. Ces risques, incertitudes et hypothèses comprennent, mais sans s’y limiter, les conditions générales économiques, politiques et des marchés, les taux d’intérêt et de change, la volatilité des marchés boursiers et financiers, la concurrence commerciale, les changements technologiques, les changements sur le plan de la réglementation gouvernementale, les changements au chapitre des lois fiscales, les poursuites judiciaires ou réglementaires inattendues et les catastrophes. Le lecteur est invité à examiner attentivement ces facteurs, ainsi que d’autres facteurs, et à ne pas se fier indûment aux renseignements prospectifs. Les renseignements prospectifs contenus aux présentes ne sont à jour qu’en date du 13 janvier 2026. Il ne faut pas s’attendre à ce que ces renseignements soient mis à jour, complétés ou révisés pour quelque motif que ce soit, en raison de nouvelles données, de nouvelles circonstances, d’événements futurs ou d’autres faits. 

Les fonds communs de placement peuvent donner lieu à des commissions, des commissions de suivi, des frais de gestion et d’autres frais. Veuillez lire le prospectus simplifié avant d’investir. Les fonds communs de placement ne sont pas garantis, leur valeur fluctue fréquemment et leur rendement passé n’est pas indicatif du rendement dans l’avenir.

Les Fonds communs de placement de la Canada Vie et les portefeuilles Counsel sont gérés par Gestion de placements Canada Vie limitée. Ils sont distribués par l’entremise des Services d’investissement Quadrus ltée, d’IPC Gestion du patrimoine et d’IPC Valeurs mobilières. Ils peuvent également être offerts par d’autres courtiers autorisés au Canada. 

Une description des principales caractéristiques de la police de fonds distincts est présentée dans la notice explicative. Tout montant affecté à un fonds distinct est investi aux risques du propriétaire de la police et sa valeur peut augmenter ou diminuer. Ces fonds sont offerts par l’intermédiaire d’une police de fonds distincts établie par la Canada Vie. 

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