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Le prix du pétrole a été réévalué. La suite dépendra de l’offre.

Commentaires sur les marchés | 4 mars 2026

  • Dans la soirée du 1er mars, le baril de pétrole brut Brent s’échangeait à 78,15 $ US, en hausse d’environ 17 % sur deux semaines, reflétant une prime de risque géopolitique que les marchés avaient déjà commencé à intégrer. 
  • Il s’agit maintenant de faire la distinction, essentielle, entre un conflit contenu, qui maintiendrait probablement le prix du pétrole autour de 80 $, et une perturbation soutenue de l’offre, qui pourrait faire passer les prix à 100 $. 
  • Aux niveaux actuels, l’effet sur l’inflation est graduel et gérable. Un mouvement soutenu vers les 100 $ compliquerait sensiblement la trajectoire d’assouplissement des banques centrales, surtout dans les marchés émergents. 
  • En Asie, la réaction initiale des marchés reflète une réévaluation ordonnée du risque. 
  • Nous réévaluerions le positionnement de notre portefeuille seulement si les prix de l’énergie demeuraient élevés suffisamment longtemps pour resserrer les conditions financières et peser sur la croissance. Ce n’est pas le scénario de base aujourd’hui. 
  • Nos portefeuilles demeurent bien positionnés grâce à la diversification, à une sensibilité aux actifs réels, aux expositions multifactorielles et à des placements alternatifs liquides conçus pour gérer la volatilité dans l’ensemble des régimes. 

Les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, amorcées le 28 février, ont cristallisé des risques que les marchés réévaluaient graduellement depuis des semaines. Les marchés anticipaient une escalade. Le pétrole a bougé en premier. 

La question, désormais, est de savoir s’il s’agit d’un événement géopolitique à prime ou si la situation évolue en un véritable choc d’offre aux conséquences macroéconomiques plus larges. 

Nous analysons la situation à travers trois canaux de transmission : le pétrole, l’inflation et les débordements régionaux. 

Marchés pétroliers : une prime intégrée, pas de perturbation pour l’instant 

L’Iran produit environ 4,7 millions de barils par jour, soit 4 % à 4,5 % de l’offre mondiale de pétrole. Ce volume en fait donc un acteur important, d’autant plus en raison de l’importance stratégique du détroit d’Ormuz. 

Au cours des deux dernières semaines, le prix du pétrole Brent a progressé de 17 %. Cette hausse traduit une prime de risque politique qui s’était constituée sur fond de tensions croissantes. 

L’an dernier, lors du conflit de 12 jours, les infrastructures pétrolières ont été largement épargnées et le baril de Brent a augmenté d’environ 10 $ à son sommet. Le mouvement actuel est comparable en ampleur. À partir d’ici, deux scénarios s’imposent : 

  1. Escalade contenue : Le prix du pétrole glisse vers les 80 $ ou un peu plus à mesure que l’incertitude perdure. Aucune perte significative de l’offre. Il s’agit d’un événement de réévaluation du prix. 
  2. Perturbation de l’offre : La production iranienne est compromise ou le transport par le détroit d’Ormuz est entravé. Le prix du pétrole pourrait se diriger vers les 100 $ le baril. Les prix du gaz naturel grimperaient probablement aussi. Ce serait un véritable choc de l’offre. 

Dans le deuxième scénario, la politique de l’OPEP+ devient cruciale. L’accentuation du risque lié à l’offre augmente la probabilité d’une hausse de la production lors des prochaines réunions, potentiellement au-delà des 137 000 barils par jour évoqués. Une telle réponse atténuerait la volatilité, sans toutefois l’éliminer. 

Inflation et banques centrales : une situation gérable pour l’instant 

Le pétrole constitue le principal canal de transmission vers l’inflation mondiale. 

Comme règle d’or, une hausse de 5 % en glissement annuel des prix pétroliers ajoute environ 0,1 point de pourcentage à l’inflation globale dans les économies avancées. 

À 78 $ le baril, l’effet de l’inflation est graduel et gérable. 

Un mouvement soutenu vers les 100 $ pourrait ajouter plus d’un point de pourcentage à l’inflation sur les marchés développés et probablement retarder ou réduire les baisses de taux attendues des grandes banques centrales. 

Les décideurs des marchés émergents sont généralement plus sensibles aux fluctuations des prix des marchandises. Des prix plus élevés du pétrole et du gaz pourraient resserrer plus rapidement les conditions financières dans ces économies. 

Pour l’instant, on parle d’un rebond de l’inflation, pas d’un changement de régime. 

Répercussions économiques régionales 

Les représailles par l’Iran ont commencé. L’ampleur et la durée détermineront l’incidence sur la région. L’économie israélienne est vulnérable à de nouvelles perturbations. Au cours du conflit de 12 jours l’an dernier, le PIB d’Israël a reculé de 1,1 % en glissement trimestriel au deuxième trimestre. 

Ailleurs dans la région du Golfe, les risques sont notamment les suivants : 

  • des menaces visant les bases américaines au Bahreïn et au Qatar 
  • des fermetures de l’espace aérien nuisant aux déplacements et aux échanges commerciaux 
  • des perturbations des affaires liées aux préoccupations quant à la sécurité régionale 

En Iran, une escalade soutenue augmente la probabilité d’un changement de régime ou de virages politiques. Une réintégration à long terme dans l’économie mondiale est concevable. À très court terme, de l’instabilité est plus probable. À l’échelle mondiale, l’énergie demeure le canal de transmission dominant. 

Réaction des marchés : premiers signaux venus d’Asie 

Dans la soirée du 1er mars HE, la réaction initiale en Asie a reflété un rajustement mesuré du risque : 

  • Le Nikkei 225 a reculé de 1,53 %. 
  • L’indice Hang Seng a reculé de 2,23 %. 

Ces mouvements sont compatibles avec une réévaluation du risque géopolitique plutôt qu’une vente désordonnée. 

L’ampleur des mouvements sur les marchés européens et nord-américains dépendra de la poursuite de la hausse des prix de l’énergie et de l’intensification des signaux d’escalade. 

Il y a lieu de noter qu’à ce stade, la réaction demeure ordonnée. Nous n’observons pas de signes de stress systémique ni de perturbation des liquidités. 

Répercussions sur nos portefeuilles

Dans notre cadre d’analyse de type « meurtre et mystère à rebours », nous partons des issues et remontons vers leurs catalyseurs. 

L’issue qui modifierait sensiblement le positionnement est sans équivoque : une perturbation physique soutenue de l’offre poussant le pétrole vers les 100 $ et resserrant les conditions financières à l’échelle mondiale. 

Or ce n’est pas ce que nous observons aujourd’hui.  

Le prix du Brent a progressé de 17 % au cours des deux dernières semaines. Le risque a été réévalué. Les marchés asiatiques se rajustent de manière ordonnée. Les écarts créditeurs sont contenus. Les conditions de liquidité demeurent stables. 

Cet état de fait suggère que les marchés voient pour l’instant un risque géopolitique contenu, pas un stress systémique. 

Croissance

Le prix du pétrole à 78 $ rogne les revenus réels à la marge, mais ne fait pas dérailler la croissance mondiale. Notre scénario de base pour une expansion mondiale soutenue, quoiqu’inégale, tient toujours. 

Nous réévaluerions seulement si les prix de l’énergie demeuraient élevés assez longtemps pour comprimer les marges et freiner sensiblement la demande. 

Inflation

Des prix plus élevés du pétrole font temporairement grimper l’inflation globale. Il en découle un enjeu de politique seulement si cette hausse se répercute sur l’inflation des services et sur les attentes. Une telle répercussion n’a pas encore eu lieu. 

Les banques centrales sont susceptibles de regarder au-delà d’un choc énergétique temporaire. Un mouvement soutenu vers les 100 $ changerait ce calcul. 

Positionnement et gestion des risques

Nous ne réagissons pas aux manchettes. Nous évaluons les canaux de transmission. À l’échelle de nos portefeuilles d’actifs multiples : 

  • Une exposition diversifiée aux actions continue d’être de mise. 
  • Une sensibilité aux actifs réels offre un ballast naturel dans des environnements marqués par des prix de l’énergie plus élevés. 
  • Les répartitions multifactorielles réduisent la dépendance à un leadership de marché restreint et renforcent la résilience. 
  • Les placements alternatifs liquides demeurent des outils précieux pour gérer la volatilité et les changements de corrélation en période de stress géopolitique. 

Cet épisode rappelle pourquoi nos portefeuilles sont construits autour de la diversification, de la prise en compte des risques et de l’analyse de scénarios plutôt que de paris macroéconomiques binaires. 

Si une perturbation soutenue de l’offre se matérialise, nous rajusterons nos positions de manière délibérée et méthodique. D’ici là, la discipline demeure la réponse appropriée.   

 

Corrado Tiralongo (il) 

Vice-président, Répartition de l’actif et chef des placements  

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