Commentaires sur les marchés | 3 mars 2026
En situation de meurtre et mystère traditionnelle, on nous montre la victime et on nous demande de trouver le coupable. Le marché d’aujourd’hui semble dans la situation inverse. On connaît le coupable. L’intelligence artificielle (IA) est la force perturbatrice. Ce qui reste incertain, c’est qui en subira le plus les répercussions.
Au cours des dernières semaines, les investisseurs ont connu une rotation rapide parmi les victimes potentielles, qu’il s’agisse de sociétés de logiciels et de logistique, de sociétés de services financiers ou même de grandes sociétés technologiques, qui stimulent les investissements dans l’IA.
Parallèlement, l’économie dans son ensemble demeure résiliente, mais de façon moins égale. La croissance se poursuit, les bénéfices demeurent solides dans certains segments du marché, mais les valorisations sont élevées et les coûts d’emprunt ne sont plus près de zéro.
L’IA n’est pas le problème. Mal interpréter son interaction avec les bénéfices, les dépenses en immobilisations et l’économie en général pourrait l’être.
De l’enthousiasme à l’examen minutieux
Au cours des deux dernières années, les marchés boursiers ont été dominés en grande partie par la croissance des bénéfices d’un groupe relativement restreint de sociétés technologiques. Les bénéfices prévisionnels de l’indice S&P 500 avoisinent actuellement 310 $ par action et devraient encore augmenter cette année. Autrement dit, une grande partie de la reprise a été soutenue par la croissance des bénéfices réels, et non simplement par la spéculation.
Toutefois, cette croissance a été concentrée. Un petit nombre de sociétés représentent une part importante des gains de bénéfices globaux du marché. Lorsque cela se produit, les marchés deviennent plus sensibles aux déceptions.
L’an dernier, les sociétés ont été récompensées pour avoir annoncé de nouveaux investissements liés à l’IA. Aujourd’hui, les investisseurs posent des questions plus complexes. Les milliards de dollars investis dans les centres de données et les infrastructures d’IA se traduiront-ils par des bénéfices soutenus? Ou est-ce qu’une partie de ces dépenses pourrait se révéler excessive?
Les changements technologiques se déroulent rarement en douceur. Les périodes de placements massifs sont courantes. Le défi pour les investisseurs consiste à faire la distinction entre l’exubérance à court terme et l’occasion structurelle à long terme.
Le contexte macroéconomique : toujours en expansion, mais moins indulgent
États-Unis : forte croissance, mais marges plus faibles
L’économie américaine continue de faire preuve de résilience.
Les emplois privés ont augmenté de 172 000 en janvier et le taux de chômage a reculé à 4,3 %. À première vue, le marché de l’emploi demeure sain.
Toutefois, la plupart de ces nouveaux emplois étaient concentrés dans les soins de santé et l’aide sociale. À l’extérieur de ces secteurs, les embauches ont été plus modestes. Cela donne à penser que, même si l’emploi demeure solide, la croissance n’est pas aussi généralisée que le chiffre global le laisse croire.
Les dépenses de consommation demeurent stables, soutenues en partie par les investissements des entreprises dans le matériel lié à l’IA. Toutefois, l’inflation n’est pas entièrement revenue à la cible de 2 % de la Réserve fédérale. L’inflation fondamentale se rapproche de 3 %, ce qui signifie que la Fed pourrait avoir moins de marge de manœuvre pour réduire les taux d’intérêt que ce à quoi les marchés s’attendent.
En pratique, cela signifie qu’il est peu probable que les coûts d’emprunt diminuent considérablement à court terme. Cela réduit la marge d’erreur au sein de l’économie et des marchés financiers.
Canada : potentiel à long terme, contraintes à court terme
Les perspectives à long terme du Canada s’améliorent. La croissance économique devrait s’établir en moyenne à environ 2 % au fil du temps, soutenue par l’amélioration de la productivité et l’adoption graduelle des technologies d’IA.
Nous nous attendons également à ce que les taux d’intérêt à long terme au Canada s’établissent à des niveaux plus élevés que ceux de la décennie qui a suivi la crise financière. En termes simples, l’ère des taux hypothécaires et des emprunts extrêmement bas est probablement derrière nous.
C’est important, car les ménages canadiens sont relativement endettés. La hausse des taux d’intérêt accroît la sensibilité du marché du logement et des dépenses de consommation.
Même si les actions canadiennes ont parfois fait preuve de résilience, la récente vigueur des marchandises a été concentrée, en particulier au sein de l’or et des métaux précieux. L’or se comporte souvent bien en période d’incertitude, plutôt qu’en période d’accélération généralisée de l’économie. Cela donne à penser que la récente vigueur a été de nature défensive plutôt qu’alimentée par la croissance industrielle généralisée.
Parallèlement, le marché boursier canadien reste fortement concentré dans les services financiers, l’énergie et les matériaux, avec une exposition limitée aux infrastructures d’IA et aux chaînes d’approvisionnement technologiques.
Portrait mondial : hausse des coûts d’emprunt et diminution de la protection politique
Dans l’ensemble des marchés développés, le portrait démographique demeure difficile et les niveaux d’endettement des gouvernements sont élevés. Les taux d’intérêt à long terme devraient rester structurellement plus élevés qu’au cours de la période de taux extrêmement bas qui a suivi la crise financière mondiale.
En pratique, cela signifie que les gouvernements et les banques centrales pourraient avoir moins de souplesse pour réagir énergiquement si la croissance ralentit. Par le passé, ce contexte a eu tendance à produire plus de volatilité sur les marchés.
Ce n’est pas une prévision de récession. Il s’agit de reconnaître que les marchés pourraient bénéficier de moins de filets de sûreté politiques que par le passé.
Valorisations : moins de place pour les déceptions
Les valorisations boursières demeurent élevées par rapport aux moyennes à long terme. Lorsque les cours boursiers sont élevés par rapport aux bénéfices, les marchés deviennent plus sensibles aux surprises négatives.
L’histoire montre que les corrections de marché sont souvent gérables lorsque les systèmes financiers sont stables. Aujourd’hui, les bilans des sociétés demeurent solides. Toutefois, les valorisations élevées signifient que la marge d’erreur est plus mince que lorsque les taux d’intérêt étaient près de zéro.
Positionnement de notre portefeuille : les occasions relatives que nous entrevoyons
Les répercussions de l’IA ne sont pas identiques partout dans le monde. Notre positionnement régional reflète les secteurs où le momentum des bénéfices, l’exposition structurelle et l’ampleur du capital sont les plus solides.
Surpondération : États-Unis
Nous continuons de surpondérer les actions américaines.
Les États-Unis continuent de dominer la croissance des bénéfices et les placements liés à l’IA. Ses marchés financiers sont bien positionnés pour financer l’innovation à grande échelle.
Même si les valorisations sont élevées, nous croyons que la sous-pondération du principal moteur de la croissance mondiale des bénéfices présente un risque plus élevé à long terme que le maintien d’une exposition et d’une diversification rigoureuse.
Sous-pondération : Canada
Nous continuons de sous-pondérer les actions canadiennes.
La récente vigueur des marchandises a été concentrée dans l’or, plutôt que dans la demande industrielle généralisée. L’indice canadien demeure concentré dans les secteurs plus sensibles aux taux d’intérêt et aux cycles mondiaux des marchandises.
Compte tenu de la sensibilité aux taux d’intérêt, de l’endettement des ménages et de la composition sectorielle du Canada, nous croyons que le momentum relatif des bénéfices demeure plus limité que celui des États-Unis et de certains marchés émergents.
Sous-pondération : marchés développés internationaux
Nous continuons de sous-pondérer les marchés développés à l’extérieur de l’Amérique du Nord.
Même si les valorisations peuvent sembler plus intéressantes, la croissance des bénéfices a généralement été plus faible et l’exposition structurelle aux chaînes d’approvisionnement de l’IA et des semi-conducteurs est plus limitée.
La hausse des coûts d’emprunt à l’échelle mondiale réduit également les facteurs de valorisation qui ont soutenu ces marchés dans le contexte précédent de faibles taux d’intérêt.
Surpondération : marchés émergents (de manière sélective)
Nous continuons de surpondérer les marchés émergents de manière sélective.
Les exportations des marchés émergents ont progressé à l’un de leurs taux les plus élevés en 15 ans en 2025. Les vulnérabilités financières se sont estompées dans de nombreux pays et l’inflation a considérablement diminué dans plusieurs régions.
Toutefois, la croissance varie considérablement d’un pays à l’autre. La croissance globale des marchés émergents devrait ralentir pour s’établir à environ 3,5 % en 2026-2027.
Nous entrevoyons les occasions les plus intéressantes dans certaines régions de l’Asie, en particulier sur les marchés liés aux chaînes d’approvisionnement technologiques et à la demande liée à l’IA.
Il ne s’agit pas d’une opération générale sur marchandises. Il s’agit d’une pondération sélective des marchés qui devraient profiter des investissements structurels dans les technologies.
Conclusion : positionné pour la résilience, et non pour les prévisions
Le meurtre et mystère inversé se poursuit.
L’IA remodèlera les industries. Certains capitaux seront mal affectés. Le leadership des bénéfices devrait s’élargir au fil du temps, mais pas sans volatilité.
Les États-Unis demeurent le principal moteur de croissance des bénéfices. La récente vigueur du Canada a été défensive et limitée. Les marchés développés internationaux font face à des contraintes structurelles. Certains marchés émergents offrent des occasions de croissance différenciées.
Notre objectif n’est pas de prédire la prochaine victime à court terme.
Il s’agit de constituer des portefeuilles qui participent à la croissance structurelle tout en demeurant résilients dans un monde caractérisé par des coûts d’emprunt plus élevés, des marges d’erreur plus étroites et une volatilité plus fréquente.
Corrado Tiralongo (il/lui)
Vice-président, Répartition de l’actif et chef des placements
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