Passer au contenu principal

Par Corrado Tiralongo, chef des placements | 14 avril 2025

L’évolution des politiques commerciales et des tendances de l’inflation remodèle le paysage économique mondial et provoque une volatilité accrue sur les marchés à l’échelle mondiale. Corrado Tiralongo, chef des placements de Gestion de placements Canada Vie limitée, offre ses observations et répond aux questions sur l’évolution du contexte commercial canadien, la dynamique de l’inflation et les répercussions pour les investisseurs. 

1. Le Canada sera-t-il touché différemment du Mexique ou de la Chine dans le contexte actuel des tensions commerciales?  

Oui, le Canada sera affecté différemment du Mexique ou de la Chine en raison de différences dans l’exposition aux droits de douane, la structure économique et le niveau d’intégration avec l’économie américaine.  

Dans un scénario de base, où la plupart des droits de douane demeurent autour de 10 % et où les représailles demeurent limitées, le Canada subirait un taux de droits de douane directs relativement faible de 6 %, mais verrait tout de même son PIB reculer de 0,7 % sur deux ans. Cela montre que même des droits de douane modestes peuvent avoir des effets disproportionnés sur des économies fortement intégrées comme la nôtre, notamment dans des secteurs où les chaînes d’approvisionnement transfrontalières sont très imbriquées, comme l’automobile, l’industrie manufacturière et les ressources naturelles.  

Malgré une exposition semblable aux droits de base (8 %), le Mexique est plus vulnérable selon les scénarios où il y aurait une escalade. Si les exemptions prévues par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) étaient levées, le Mexique pourrait faire face à des droits de douane moyens de 23 % et à une contraction de près de 5 % de son PIB d’ici la fin de 2026. L’économie mexicaine est fortement tributaire des exportations manufacturières à faible marge vers les États-Unis, en particulier dans les secteurs de l’automobile et de l’électronique, ce qui la rend très exposée aux répercussions des droits de douane et aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement.  

De son côté, la Chine fait déjà face à des droits de douane très élevés, dépassant les 145 %. Même si les exportations vers les États-Unis ne représentent qu’environ 3 % du PIB chinois, l’incidence de ces droits est amplifiée par la perception des investisseurs, les sorties de capitaux et la dépréciation de la monnaie. Dans le scénario d’escalade, les exportations chinoises à destination des États-Unis pourraient chuter de 80 %, ce qui entraînerait une baisse de 1,7 % du PIB, malgré un soutien budgétaire national énergique.  

Pour le Canada, la voie à suivre n’est pas de se dissocier des États-Unis, mais plutôt de contourner le protectionnisme américain par les canaux diplomatiques, la diversification du commerce et l’harmonisation des politiques. Le risque ne vient pas tant des droits de douane directs que de la baisse de la demande, de la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement régionales et de l’incertitude générale que la fragmentation commerciale fait peser sur l’investissement et les flux de capitaux.  

 Résumé : 

Alors que la Chine porte le poids symbolique de cette guerre commerciale et que le Mexique est exposé au risque direct le plus élevé, la vulnérabilité du Canada réside dans sa proximité économique avec les États-Unis, ce qui le rend particulièrement sensible aux effets indirects et aux répercussions des perturbations mondiales plus larges. Les investisseurs doivent garder à l’esprit qu’un faible taux de droits de douane ne signifie pas nécessairement de faibles répercussions.  

2. Quel rôle joue la politique monétaire dans cette réorganisation des échanges commerciaux?  

La politique monétaire est un outil clé pour gérer les tensions commerciales mondiales. Lorsqu’un pays est visé par des droits de douane, il cherche souvent à déprécier sa monnaie pour compenser les pertes à l’exportation et maintenir son caractère concurrentiel. Toutefois, cela a des répercussions sur l’inflation, les flux de capitaux et la confiance des investisseurs.  

La monnaie chinoise, le renminbi est tombé à environ 7,35 ¥ le dollar américain, son niveau le plus faible depuis 2007. Ce recul n’est pas accidentel : les forces du marché réagissent à la nouvelle escalade des droits de douane et au ralentissement des exportations. Mais, fait important, les autorités chinoises n’ont pas permis une dépréciation complète jusqu’à 8,00 ¥. Elles ont géré la baisse de la monnaie de manière contrôlée afin d’éviter des mouvements désordonnés et de préserver la stabilité financière.  

Effets de la dépréciation monétaire : 

  • Inflation : Un renminbi affaibli fait augmenter le coût des importations en monnaie locale, en particulier celui de l’énergie et des composantes industrielles. Même si cela ne se traduit pas immédiatement par une inflation généralisée, cela réduit le pouvoir d’achat des ménages et limite la marge de manœuvre des politiques économiques. Pour les États-Unis, un renminbi plus faible pourrait atténuer partiellement l’effet inflationniste des droits de douane en freinant la hausse des prix à l’importation.  
  • Compétitivité commerciale : Un renminbi moins coûteux aide la Chine à conserver une partie de sa part des exportations, mais exerce également une pression concurrentielle sur des pays comme le Vietnam, le Mexique et même le Canada dans des secteurs qui se recoupent, comme la fabrication manufacturière et les machines. Cela pourrait saper l’effet escompté des droits de douane américains et rediriger les flux commerciaux ailleurs que vers les partenaires des États-Unis.  
  • Confiance des investisseurs : Si les marchés pensent que la dépréciation est le début d’une tendance durable, cela pourrait entraîner des sorties de capitaux de la Chine ou une faiblesse des marchés émergents (ME) en général. Cela pourrait générer des risques à l’échelle mondiale, en particulier dans les marchés boursiers et obligataires axés sur l’Asie.  

Principaux points à retenir pour les investisseurs : 

La politique monétaire fait maintenant partie de l’arsenal de la guerre commerciale et est plus qu’un simple mécanisme d’ajustement passif. Le renminbi ne franchira peut-être pas le seuil de 8,00 ¥ à court terme, mais même un affaiblissement progressif peut avoir des effets importants sur l’inflation, les balances commerciales et l’évaluation des avoirs.  

 3.  Comment la Banque du Canada gère-t-elle sa politique de taux dans un contexte de ralentissement économique et d’incertitude mondiale croissante?  

La Banque du Canada doit en quelque sorte jouer les funambules. Sur le plan intérieur, la croissance stagne et des pressions s’exercent pour une baisse des taux d’intérêt. Toutefois, les tensions commerciales mondiales et l’inflation en provenance des États-Unis compliquent le calendrier d’une telle décision. Les derniers commentaires de la Banque du Canada suggèrent une réticence à réagir de manière excessive et une volonté de maintenir les taux stables, à moins de chocs importants.  

Si les risques liés à la stagflation (inflation élevée et faible croissance) aux États-Unis se concrétisent, la Banque du Canada pourrait être forcée d’agir de manière préventive en abaissant les taux pour soutenir la croissance. Par contre, ce choix comporte un risque : celui de voir l’inflation importée s’aggraver, notamment par les prix des matières premières ou la dépréciation du dollar canadien.  

Pour les investisseurs, cela crée un environnement où le risque lié à la duration doit être géré avec soin, en privilégiant les titres de créance de courte duration de premier ordre et les instruments à rendement réel sélectionnés.  

 4. La Chine pourrait-elle entièrement abandonner son modèle de croissance fondé sur le commerce extérieur? Quels sont les risques?  

La Chine amorce une transition manifeste d’un modèle de croissance fondé sur les échanges extérieurs vers une dynamique davantage soutenue par la demande intérieure, en misant sur la relance budgétaire, l’innovation technologique et la consommation des ménages. Cependant, ce changement est complexe. La baisse prévue de 80 % des exportations vers les États-Unis dans un contexte de régimes tarifaires élevés reflète un défi structurel.  

La dépréciation contrôlée du renminbi et les mesures de soutien interne de la Chine aident à amortir le choc à court terme, mais un risque à plus long terme subsiste : sans demande extérieure, les problèmes de surcapacité de la Chine pourraient s’aggraver.  

Pourquoi cela importe pour les investisseurs : 

Le ralentissement de la Chine n’est pas un phénomène isolé; il a des répercussions sur la demande de matières premières, les chaînes d’approvisionnement des marchés émergents et la confiance globale des marchés. Dans ce contexte, les portefeuilles doivent intégrer un bêta des titres chinois réduit, en privilégiant une exposition plus ciblée à l’Asie et en renforçant l’analyse des risques idiosyncrasiques.  

 5. Comment les investisseurs devraient-ils évaluer le risque dans un monde de commerce fragmenté et de blocs régionaux?  

Le commerce mondial devient de plus en plus régionalisé. Les tensions entre les États-Unis et la Chine, la souveraineté numérique de l’Union européenne et les relocalisations industrielles en Amérique du Nord témoignent d’un système mondial en voie de fragmentation. Cette évolution introduit de nouveaux risques géopolitiques, que les marchés intègrent encore insuffisamment dans les cours actuels.  

Ce que les investisseurs devraient faire : 

Dans ce contexte, les investisseurs devraient regarder au-delà de la corrélation traditionnelle entre les actifs. Les scénarios doivent être modélisés non seulement en fonction des données macroéconomiques fondamentales, mais aussi en fonction de déclencheurs géopolitiques comme les droits de douane, les sanctions, les représailles politiques et les restrictions transfrontalières visant les flux de capitaux.  

La constitution du portefeuille doit évoluer avec une exposition accrue aux actifs réels, aux actions multirégionales et aux placements alternatifs non corrélés qui peuvent aider à se prémunir contre les chocs systémiques.  

 6. Quels secteurs sont les plus vulnérables si les droits de douane américains augmentent dans le cadre d’une politique semblable à celle annoncée le 2 avril?  

Si les droits de douane américains augmentent considérablement, plusieurs secteurs clés seront durement touchés : 

  • Produits pharmaceutiques, semi-conducteurs, cuivre et bois d’œuvre : ces secteurs pourraient être soumis à des droits de douane généraux de 25 % dans le scénario dit d’« escalade ». Comme ils sont au cœur des chaînes d’approvisionnement mondiales, toute perturbation dans ces secteurs pourraient se répercuter sur les secteurs manufacturier et technologique à l’échelle mondiale.  
  • Automobile et produits industriels : en particulier dans le cadre des échanges entre les pays de l’ACEUM, ces secteurs seront exposés à des risques accrus. Pour le Canada, cela pourrait nuire aux régions qui dépendent des exportations et peser sur les bénéfices des titres cotés à la Bourse de Toronto.  

Ce que les investisseurs devraient faire : 

Les investisseurs devraient évaluer géographique des revenus ainsi que la résilience des chaînes d’approvisionnement au sein de la répartition des actions. Les orientations sectorielles devraient favoriser les segments disposant d’un pouvoir de fixation des prix et bénéficiant de filets de sécurité liés à la demande intérieure.  

 7. Comment les marchés émergents devraient-ils se comporter dans un contexte de volatilité commerciale?  

Les marchés émergents sont pris entre deux feux. Certains pays émergents, en particulier ceux de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), pourraient profiter du détournement des échanges commerciaux. Cependant, ces gains potentiels pourraient ne pas se concrétiser, car l’incertitude freine l’investissement, et de nombreux pays émergents ne disposent ni de l’échelle ni des infrastructures nécessaires pour absorber les échanges détournés.  

Dans un scénario d’escalade, les marchés émergents seraient confrontés à une baisse de la demande d’exportations, à un resserrement des conditions financières et à une instabilité monétaire, un cocktail propice à la contre-performance.  

Ce que les investisseurs devraient faire : 

  • Éviter une exposition large au bêta des marchés émergents  
  • Se concentrer sur les pays affichant une forte demande intérieure, une rigueur budgétaire et une faible dépendance au commerce international .

 8. Comment les marchés de l’énergie pourraient-ils être touchés par la fragmentation continue des échanges commerciaux?  

Les marchés de l’énergie sont mondiaux par nature, mais la fragmentation pourrait entraîner des goulots d’étranglement dans l’approvisionnement, une volatilité accrue des prix et une hausse des primes de risque géopolitique. Une escalade des droits de douane pourrait freiner la demande industrielle, mais des sanctions de rétorsion – notamment impliquant la Chine ou la Russie – pourraient resserrer l’offre de manière inattendue.  

Si les tensions commerciales ralentissent la croissance mondiale, la demande de pétrole pourrait se contracter. Cependant, si l’énergie devient un instrument de pression politique, comme ce fut le cas en 2022, les prix pourraient s’envoler en raison des craintes sur l’offre.  

Pour les portefeuilles, il est préférable de privilégier une exposition ciblée au secteur de l’énergie, plutôt qu’un bêta généralisé des matières premières. Les investissements dans les infrastructures, les pipelines et les actifs liés à la transition énergétique pourraient offrir des profils de rendement plus stables.  

 9. Les investisseurs sous-estiment-ils les conséquences à long terme de la guerre commerciale actuelle?  

Oui. Les marchés ont tendance à évaluer les décisions politiques de manière linéaire, alors que la fragmentation commerciale constitue un choc non linéaire. Ce qui commence comme des escarmouches tarifaires peut évoluer vers des restrictions des flux de capitaux, un découplage technologique et des réalignements monétaires.  

Le risque ne se limite pas à une croissance plus faible : il s’agit d’un changement structurel durable dans la configuration des chaînes de valeur et dans le comportement de l’inflation. Les frictions sur le marché du travail, les réalignements géopolitiques et la réduction de la coordination des politiques économiques amplifient ces risques à long terme.  

Ce que les investisseurs devraient faire : 

Les investisseurs devraient tester la robustesse de leurs portefeuilles face à des mutations macroéconomiques structurelles, et non uniquement face à la volatilité cyclique. Cela signifie qu’il faut réévaluer les indices de référence, les corrélations et la logique traditionnelle de diversification.  

 10. Quel rôle les placements alternatifs jouent-ils dans ce contexte en évolution?  

Les placements alternatifs ne sont plus seulement un moyen de diversifier les portefeuilles, ce sont des éléments de base de résilience dans un monde fragmenté et à forte volatilité.  

Exemples de placements alternatifs : 

  • Les contrats à terme gérés, par exemple, peuvent tirer parti de la persistance des tendances sur les taux, les marchandises et les devises – un phénomène fréquent dans les régimes fondés sur les données macroéconomiques.  
  • Les titres de créance privés offrent des rendements attractifs dans un environnement où les obligations traditionnelles sont pénalisées par la volatilité de l’inflation.  
  • Les actifs réels, comme les infrastructures et les terres agricoles, procurent une protection contre l’inflation ainsi que des flux de trésorerie tangibles.  

Dans le contexte actuel, le modèle traditionnel 60/40 peine à atteindre les cibles rajustées en fonction du risque. Les placements alternatifs offrent une asymétrie des rendements et une protection en cas de baisse qu’il est difficile de reproduire avec des catégories d’actifs classiques.  

Le contenu de cet article (y compris les faits, les perspectives, les opinions, les recommandations, les descriptions de produits ou titres ou les références à des produits ou titres) ne doit pas être pris ni être interprété comme un conseil en matière de placement, ni comme une offre de vente ou une sollicitation d’offre d’achat, ou une promotion, recommandation ou commandite de toute entité ou de tout titre cité. Bien que nous nous efforcions d’en assurer l’exactitude et l’exhaustivité, nous n’assumons aucune responsabilité quant à son utilisation.

Ce matériel pourrait renfermer des renseignements prospectifs qui décrivent nos attentes actuelles ou nos prédictions pour l’avenir ou celles de tiers. Les renseignements prospectifs sont, de par leur nature, assujettis, entre autres, à des risques, incertitudes et hypothèses qui peuvent modifier de façon importante des résultats réels qui ont été énoncés aux présentes. Ces risques, incertitudes et hypothèses comprennent, mais sans s’y limiter, les conditions générales économiques, politiques et des marchés, les taux d’intérêt et de change, la volatilité des marchés boursiers et financiers, la concurrence commerciale, les changements technologiques, les changements sur le plan de la réglementation gouvernementale, les changements au chapitre des lois fiscales, les poursuites judiciaires ou réglementaires inattendues et les catastrophes. Le lecteur est invité à examiner attentivement ces facteurs, ainsi que d’autres facteurs, et à ne pas se fier indûment aux renseignements prospectifs. L’information prospective contenue dans le présent document n’est à jour qu’en date du 2 avril 2025. Il ne faut pas s’attendre à ce que ces renseignements soient mis à jour, complétés ou révisés en raison de nouveaux renseignements, de nouvelles circonstances, d’événements futurs ou autres.

Canada Vie et le symbole social, et Gestion de placements Canada Vie limitée et le symbole social sont des marques de commerce de La Compagnie d’Assurance du Canada sur la Vie.