Commentaires sur les marchés | 3 septembre 2026
Les taux des obligations d’État à long terme ont augmenté sur de nombreux grands marchés pour atteindre des niveaux qui n’avaient pas été observés depuis des décennies
Il ne s’agit pas seulement du marché obligataire. Les taux obligataires à long terme jouent un rôle central dans le système financier mondial, car ils influent sur les coûts d’emprunt, les décisions en matière d’affectation du capital et la valorisation des actifs. Leur incidence se fait sentir aussi bien sur le financement des sociétés et les prix de l’immobilier que sur les taux d’actualisation des actions. Toutefois, la hausse des taux s’est concentrée dans le segment à long terme de la courbe des taux et, à elle seule, ne témoigne pas nécessairement d’une détérioration importante des paramètres fondamentaux de l’économie
Les investisseurs semblent également sceptiques à l’égard des mesures prises par les banques centrales pour stabiliser les marchés obligataires, puisque les taux obligataires continuent d’augmenter même après leur annonce. Même si des initiatives comme les programmes de rachat d’obligations peuvent améliorer la liquidité du marché, elles ne règlent guère le problème sous-jacent que pose l’augmentation des émissions de titres de créance.
Des sociétés de très grande envergure, comme Meta, Oracle et Amazon, émettent des volumes sans précédent de titres de créance à long terme
La situation au Canada n’est pas sensiblement différente. Même si le Canada affiche généralement des paramètres budgétaires plus solides que bon nombre de ses homologues du G7, les taux obligataires à long terme du gouvernement du Canada
Ce que cela signifie pour les portefeuilles
Pour les portefeuilles équilibrés canadiens, les taux à long terme plus élevés présentent à la fois des défis et des occasions. Même si les cours obligataires pourraient demeurer sensibles à de nouvelles hausses des taux, le contexte de taux plus élevés a accru le potentiel de rendement à long terme des titres à revenu fixe et renforcé la valeur de la diversification entre les catégories d’actif, les segments de la courbe des taux et les secteurs du crédit.
Dans les portefeuilles gérés par Gestion de placements Canada Vie, nous surveillons trois facteurs clés :
- Diversification au sein des titres à revenu fixe. Si les obligations d’État à long terme servent généralement à générer des revenus, à assurer la liquidité et à protéger contre les baisses, d’autres secteurs des titres à revenu fixe, notamment les obligations à court terme, les obligations de sociétés de la catégorie investissement, les obligations mondiales à rendement réel, les prêts hypothécaires et les placements privés de titres de créance, peuvent se comporter différemment lorsque les taux à long terme demeurent élevés.
- Diversification au-delà des titres à revenu fixe traditionnels. Lorsque l’inflation persiste et que les taux d’intérêt demeurent élevés plus longtemps, les actifs réels peuvent jouer un rôle important dans la diversification. L’immobilier, les infrastructures et les placements privés de titres de créance tirent leurs rendements de facteurs économiques différents de ceux qui déterminent les rendements des obligations d’État à long terme. C’est précisément pendant les périodes où les taux sont élevés et l’inflation persistante que ces actifs peuvent mériter une place dans un portefeuille équilibré.
- Rigueur en matière de rééquilibrage. Les fortes fluctuations des marchés obligataires peuvent entraîner un écart important entre la composition du portefeuille et ses cibles. Le rééquilibrage aide à rétablir le profil de risque visé en réduisant les positions qui ont enregistré un rendement supérieur et en augmentant l’exposition aux segments susceptibles d’offrir des valorisations plus attrayantes après une vague de ventes. Dans un contexte de volatilité des marchés, un processus de rééquilibrage rigoureux peut contribuer grandement à rehausser les rendements à long terme et à gérer les risques.
Quand la situation pourrait-elle changer?
Nous croyons que deux catalyseurs pourraient contribuer à atténuer les pressions sur les taux obligataires américains à long terme :
- Une réaction plus énergique de la Réserve fédérale américaine à l’inflation. Un resserrement monétaire supplémentaire pourrait faire monter les taux d’intérêt à court terme tout en contribuant à contenir les attentes d’inflation, ce qui pourrait faire baisser les taux à long terme et aplatir la courbe des taux.
- Un changement dans la stratégie de financement du Trésor américain. Le fait de délaisser les émissions d’obligations à long terme au profit des émissions de bons du Trésor à court terme, selon une approche semblable à celle adoptée en 2023, pourrait réduire l’offre d’obligations à longue échéance et atténuer une partie des pressions à la hausse sur les taux à long terme.
Même si les taux obligataires canadiens dépendent de facteurs économiques et de marché nationaux, l’évolution de la situation aux États-Unis peut tout de même influer sur leur orientation, compte tenu de l’étroite intégration des marchés mondiaux des titres à revenu fixe.
Une dynamique semblable se dessine sur d’autres marchés développés, notamment au Japon, au Royaume-Uni et au Canada, où les décideurs et les investisseurs continuent d’évaluer l’interaction entre l’inflation, les besoins d’emprunt des gouvernements et la hausse des taux d’intérêt à long terme
Saisir les occasions qu’offrent les taux plus élevés
Pendant une bonne partie des deux dernières décennies, les investisseurs ont profité de la baisse de l’inflation et des taux d’intérêt, ainsi que des achats actifs de titres de créance publics par les banques centrales dans le cadre de programmes d’assouplissement quantitatif. Le contexte est différent aujourd’hui. Les gouvernements émettent davantage de titres de créance, les banques centrales ne sont plus de grands acheteurs et les investisseurs exigent une rémunération plus élevée pour prêter sur de longues périodes.
Même si la hausse des taux a exercé des pressions à la baisse à court terme sur les prix des obligations à long terme, elle a aussi amélioré les perspectives de rendement des titres à revenu fixe. Les investisseurs peuvent maintenant obtenir des taux de rendement nettement supérieurs à ceux qui leur étaient offerts pendant une bonne partie de la dernière décennie, ce qui pourrait finir par favoriser les résultats à long terme des portefeuilles.
La récente hausse des taux à long terme ne doit pas nécessairement être considérée comme un signe de faiblesse économique. Elle traduit plutôt la réévaluation, par le marché, de la valeur du capital à long terme dans un monde où les priorités budgétaires évoluent et où la croissance économique se poursuit. Notre priorité demeure la diversification des portefeuilles et la mise à profit des occasions qui se présentent à mesure que le contexte évolue.
Chris Koltek
vice-président, stratège du portefeuille de clients, Groupe de solutions de portefeuille, Gestion de placements Canada Vie limitée
Le taux des obligations du Trésor américain à 30 ans a atteint 5,33 %, un sommet en 19 ans, avant de s’établir dans une fourchette légèrement inférieure (5,28 % à 5,31 %).
Le taux des obligations d’État japonaises à 10 ans a atteint 2,93 %, son plus haut niveau en 30 ans. Le taux des obligations d’État japonaises à 30 ans avoisine 3,6 %, un sommet historique atteint plus tôt cette année.
Au Royaume-Uni, les obligations d’État britanniques à 30 ans affichent des taux de l’ordre de 5,4 % à 5,7 %, qui se rapprochent des niveaux observés pour la dernière fois en 1998.
Le taux des obligations à long terme du gouvernement du Canada a dépassé 4 %, atteignant des niveaux qui n’avaient pas été observés depuis plus de 10 ans.
Source : Bloomberg L.P., en date du 21 août 2026
HM Treasury, Debt Management Report 2026-27 (Rapport sur la gestion de la dette 2026-2027), 3 mars 2026 (en anglais seulement). Banque du Canada, Rendements des obligations.
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